M. Youcef Benkaci, directeur général des systèmes d’information et de la modernité de la santé, à IT Mag : « Notre projet est de déployer 50 points d’accès de télémédecine pour 2011 »

Le verbe passionné, M. Youcef Benkaci, directeur général des systèmes d’information et de la modernité de la santé, se montre très prolixe sur un secteur qui s’avère être un précurseur dans l’intégration et l’assimilation des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Un travail de collecte de données colossal, un réseau dont le respect de la chaîne des intervenants se veut des plus rigoureux et un « élément humain » continuellement formé et sensibilisé : c’est le réseau « Santé Algérie ».

M. Youcef Benkaci, quelle est l’histoire de la modernisation du secteur de la santé en Algérie ?

M. Youcef Benkaci, directeur général des systèmes d’information et de la modernité de la santé

Youcef Benkaci:Le secteur de la santé a vu l’introduction de l’informatique dans les années 1992-93. Tout à fait au départ, il fallait pallier à l’urgence. Il y avait trois postes de dépense sur le budget de fonctionnement qui étaient importants. Sur tout le budget, 63% étaient destinés à la ressource humaine, aux salaires entre autres, 20% étaient consacrés aux médicaments et 15% aux équipements médicaux et à leur maintenance. D’entrée, il a fallu mettre en place trois systèmes. Le premier à avoir été mis en place fut est un logiciel commun, dédié à la gestion de la ressource humaine et de la paie, système déployé vers les années 1993-94 au niveau de tout le secteur de la santé. Car préalablement, ce volet était sous-traité auprès d’un [autre organisme], qui avait disparu entre-temps, et avons migré depuis dans un environnement local, au niveau des établissements. Le développement a été fait à un niveau central mais la répartition et l’exploitation sont faites au niveau local où nous avions déployé la même solution. Le deuxième système à avoir été développé, toujours dans les mêmes années, est lié au deuxième poste de dépenses, c’est-à-dire la gestion du médicament. D’ailleurs, en 1994, la Médaille d’or de l’OMS est allée à ce logiciel, qui s’appelle Epipharm, développé ici-même, au niveau central, par mes propres mains, dédié à la gestion du médicament et des consommables médicaux. Il est encore opérationnel depuis 1994 et maintenu au niveau de l’ensemble des établissements. Enfin, le troisième poste, les équipements médicaux, dispose de son propre logiciel, « Epimat », qui permet la gestion des équipements médicaux depuis leur entrée jusqu’à leur destruction, tout cela avec la « fiche vie », qui comprend le nombre d’examens qui ont été faits avec cet appareil, le nombre des réparations, internes ou externes et aussi, très important, la sortie d’étiquette, que nous collons sur les équipements pour nous permettre de faire les inventaires de manière intelligente. C’est un logiciel à exploitation locale avec une remontée de données au niveau central. 542 ingénieurs et techniciens de maintenance ont été formés pour son utilisation. Partant de ce qui a précédé, vers les années 1996, nous avons senti le besoin de développer un logiciel de gestion des malades. Simplement parce que nous ne disposions pas d’une telle solution. Nous avons donc développé nos propres logiciels, sachant que je vous parle là des logiciels médico-administratifs, auxquels le ministère de la Santé s’intéresse. C’est ceux-là qui sont importants : la gestion des équipements, des médicaments, des malades. Les logiciels communs, au fil du temps depuis 1992 à ce jour, ont été soit maintenus, parce que nous avons remise les sources, soit remplacés, mais ça représentait tellement peu dans l’investissement informatique. Toutefois, parmi tous les médico-administratifs, aucun n’avait le droit d’acquérir une solution parce que nous voulions garder l’homogénéité, la normalisation, la standardisation des informations.
Que fait exactement Epipharm ?
Epipharm, sur lequel 985 pharmaciens ont été formés au niveau central, gère les médicaments approvisionnés, avec une étroite surveillance de la date de péremption, il gère les distributions planifiées en direction des services ; il établit même des ordonnances, car au-delà d’un certain niveau, c’est une ordonnance nominative qui est prescrite par le médecin d’un service et qui est délivré au malade. Il s’agit d’un logiciel médico-administratif qui a permis de faire des réductions conséquentes sur la dépense du médicament. Un outil totalement intégré dans la gestion hospitalière dont une extraction de donnée est faite puis envoyée pour analyse ou pour définir des plans d’action. Il renferme la nomenclature nationale normalisée, il renferme également la nomenclature nationale des produits autorisés à la commercialisation et à la prescription en Algérie, il répond au cadrage de la loi sur la santé 85-05 et permet de connaître et de dresser les bilans de gestion, les carences, les pertes, les volumes de péremption?
Qu’en est-il précisément de la gestion « informatisée » du malade ?
La gestion du malade se fait depuis son admission, avec tous les cas de figure que nous connaissons, jusqu’à sa sortie ; quelle que soit sa sortie : pour une convalescence, suite à une permission ou encore un décès. Avant, quand nous avions des registres, un malade pouvait rentrer dans un service qui finissait par le perdre de vue si jamais ce dernier venait à décider de sortir de son plein gré. Actuellement, nous avons mis en place toute l’organisation et l’avons implémenté dans le logiciel en question, que nous avons appelé « Patient », pour lequel 12 000 agents ont été formés à son utilisation.
Par exemple, à l’hôpital Mustapha-Bacha, il est exploité sur 25 postes reliés à un réseau sur lesquels travaillent 75 personnes, en 3 x 8h, plus tous les gens qui travaillent derrière, notamment sur la facturation, sur la transmission des données? Dans le détail, nous avions deux compartiments, l’un administratif et l’autre médical. A partir de ces deux compartiments, nous créons ce qu’on appelle la fiche de soins, ou plus exactement la « fiche navette », qui peut circuler d’un service à un autre, et dans laquelle nous inscrivons l’ensemble des actes médicaux faits sur le malade ; représentant une nomenclature de 9 000 actes professionnels de santé ; 2 000 pour tout ce qui est plateaux techniques et laboratoires et radiologie, et 7 000 sur les actes médicaux, identifiés, codifiés, classifiés, facturés et ce, selon le service habilité à assurer l’un des actes décrits. Et derrière, nous mettons toute la prescription thérapeutique nécessaire, codifiés et identifiés. De même, à l’issue de la sortie du malade, nous codifions deux éléments importants : le résumé standard de sortie ; sous sa version 10 de l’OMS, avec ses 6 000 définitions embarquées dans le logiciel, représentant exactement 75 nomenclatures. Enfin, « Patient » subit des mises à jour tous les mois de mars et tous les mois de septembre.
Quels sont les autres aspects de cette modernisation ?
Parallèlement, il y a la prévention ; ou si vous voulez l’épidémiologie, qui est essentielle. La prévention est un acte d’abord constitutionnelle. Nous avions commencé par mettre en place des logiciels qui permettent de faire le suivi de la vaccination, avec « Epivacc ». Ce qui nous a permis de collecter les données sur les 23 programmes de prévention. Depuis 2006, nous avons mis en place une surveillance épidémiologique « online » dont l’information est carrément captée à partir du lieu d’émission puis enregistrée sur une base de données au niveau national, en « full Web ». Nous collectons les 35 pathologies à surveillance particulière. La surveillance ou l’observation à elle seule n’est pas suffisante si nous ne disposons pas des vaccins ou des sérums nécessaires pour faire face à toute éventualité. Raison pour laquelle nous avons une gestion des sérums et des vaccins site par site, sur un total de 3 600, dans le moindre détail : quels sont les vaccins dont un site dispose, quelles sont les conditions de stockage, quelle est leur validité, sont-ils suffisant ou en rupture, etc. Nous sommes capables de regarder la disponibilité des stocks de Bir El Atter d’ici (ministère de la Santé, à Alger, NDLR).
Et vis-à-vis de l’usager ?
Dans moins de 3 mois, lorsqu’un internaute tapera sur son ordinateur une requête en rapport avec le secteur de la santé en Algérie, nous saurons d’où il le fait, alors nous pourrons lui donner toutes les pharmacies de garde situées autour du point d’où il se connecte, tous les points d’intervention des urgences médicochirurgicales ; etc., c’est un service que nous allons offrir.  Ceci en plus des services qui existent déjà et qu’il peut consulter librement sur nos sitess (www.sante.dz NDLR).
Encore faut-il que l’information remonte à temps et surtout qu’elle soit « juste »?
Le véritable problème que nous relevons dans les discussions sur les systèmes d’information a trait à la fiabilité de l’information. Une fiabilité qu’il faut aller chercher dans la fiabilité du recrutement. Mais la solution que nous utilisons laisse très peu de marges d’erreur quand il s’agit de reporter les données où l’agent qui saisit l’information ne fait que reporter l’identité de celui à qui il a administré par exemple un vaccin. De plus, je mets en place des logiciels cohérents où il est très peu probable qu’on puisse y entrer des erreurs. Evidemment, il existe une charte d’utilisation et de comportement, de même qu’une formation préalable. Un épidémiologiste a été formé par établissement, représentant un total de plus de 600 agents.
Comment sont organisés les volets « ressources humaines » et de la formation ?
En 1998, nous avions senti la nécessité de créer un club des informaticiens du secteur de la santé. Alors, je l’ai créé, sous l’appellation des « Correspondant informatiques du secteur de la santé ». Les 662 structures de gestion ont un « Monsieur informatique » -technicien, technicien supérieur, ingénieur- ou médecins sachant utiliser un ordinateur. En fait, nous avons créé les « Correspondants informatiques régionaux », qui ont sous leur coupe les « Correspondants informatiques des établissements de santé ». Tous interconnectés aux datacenters selon différents niveaux de technologie, d’abord par liaisons spécialisées, ensuite par liaisons spécialisées en passant par le VPN de Djaweb puis via l’ADSL à travers le VPN du RMS d’Algérie Télécom, formant le réseau « Algérie Santé ». Cette « horde » subit 2 séminaires par an durant lesquels on leur explique leurs rôles, entre autres celui de recevoir dans leurs boîtes e-mail le plan de déploiement d’une solution et de veiller à son exécution. Pour en revenir au volet de la formation, aucun système n’est lancé sans qu’il y ait un accompagnement total en formation, en sensibilisation et en promotion. Récemment encore, j’étais sur la validation des procédures du circuit du sang;  et rien ne se fait justement sans accompagnement. A ce propos, 18% du budget consacré à aux systèmes d’information et à l’informatisation du secteur est réservé exclusivement à la formation.
Le secteur de la santé développe-t-il lui-même ses propres logiciels ou alors les achète-t-il « clés en main » ?
Jusqu’à l’heure actuelle, nous considérons que le développement d’applications devra se faire en Algérie, soit en interne, soit en externe où, dans ce cas précis, nous louons les compétences d’« hommes ingénieurs » pour écrire exactement nos applicatifs comme nous le voulons. Ce n’est pas faute de ne pas pouvoir les acheter, mais c’est pour confiner l’ensemble des procédures et des données. Car il est question de bases de connaissance que nous constituons, mais surtout de cahier de procédures, au nombre de plus de 150, qui deviennent des règles de gestion dans un logiciel, logiciel que nous distribuons sur des supports appropriés aux utilisateurs. Sachez également que tous les systèmes que nous avons développés ont derrière un « tracé », qui relate qui a fait quoi, comment, à quelle heure, etc.  Pour ce qui est de l’acquisition de solutions, nous avons décidé d’avoir une gestion électronique des documents (GED) pour une partie des données qui seront en « full Web » et une autre en « local ». Je m’explique : nous allons mettre en place un server de nomenclatures du secteur. Cette GED contiendra tout ce qui est médicaments, y compris les études scientifiques et de recherche qui leur sont liées. Ce qui représente 6 boîtes d’archives par médicament ! Quand on sait que nous disposons de 170 « paracétamol », quelque part on se dit que c’est une montagne de données? Cette partie sera en « full Web ». Elle sera lisible par 6 opérateurs et le premier d’entre eux c’est bien sûr la Direction de la pharmacie, le deuxième c’est le Laboratoire national de contrôle, etc., jusqu’à arriver au médecin et au citoyen. Cette GED aura la particularité de posséder une interface que nous avons-nous-mêmes exigée qui offrira la possibilité, selon le profil de l’individu qui la consultera, d’avoir des parties cachées ou non du dossier. Voici une solution que nous n’avons pas la prétention d’écrire mais d’acquérir. Aussi, nous allons également acquérir une solution de traçabilité et de gestion des dons du sang. Ce sera à partir de février 2011.
Quelle est la plate-forme sur laquelle vous avez choisi de développer vos solutions ?
Dans leur version « full Web », nos logiciels sont écrits en Open Source, PHP, MySql, etc., pour la simple considération que ce sont des logiciels de stabilité et de normalisation de procédures à partir desquels nous écrirons de manière précise et minutieuse des cahiers des charges qui feront l’objet d’appels d’offres nationaux ou internationaux. Je ne vais pas investir dans des systèmes alors que moi, je ne sais pas ce que je veux ! Je sais ce que je veux pour mon secteur, je le réfléchis. Pourquoi voulez-vous que j’aille acheter un ERP à 200 000 euros quand j’ai en face de moi des personnes que je n’ai pas formées. Je veux faire un logiciel qui ressemble à l’ERP en question, que les gens qui vont y travailler aient assez de pratique dessus, afin d’évaluer le poids de la base de données, de sortir mes cahiers de procédures avec toutes les anomalies et surtout, de recevoir et de collecter toutes les anomalies constatées. Il existe d’ailleurs pour chaque logiciel une boîte à « feedback » dans laquelle nous compilons, de septembre à mars, tous les retours d’expérience et les corrigeons lors des mises à jour. Cette année nous avons eu un décalage dans la production de la mise à jour car nous avons interconnecté le réseau de la santé avec celui de la sécurité sociale pour laquelle nous transmettons directement l’information. Dès qu’un dossier médical est établi, avec la facturation certifiée qui l’accompagne, ça part directement en copie des hôpitaux au niveau des structures de la CNAS, qui elle-même envoie vers ses caisses à travers son réseau.
Et qu’en est-il de la « télémédecine » ?
La télémédecine, ce fut d’abord une « triangulaire » : CDTA, CRDI Canada, qui a financé, évalué, réalisé, et le ministère de la Santé, qui a exploité. Nous avons mis en place une table de téléconsultation purement algérienne. Nous avons façonné le meuble, installé l’ordinateur, les caméras, le scanner, etc. Nous réalisions chaque mardi un staff médico-technique entre l’hôpital de Birtraria et l’hôpital de Ouargla. Grâce à cela, nous avons pu sauver la vie de plusieurs enfants sans qu’ils se soient déplacés. La télémédecine n’est pas un problème d’électronique ni d’informatique, c’est un problème d’organisation et de disponibilité. Si je suis médecin à Ouargla et que je vous « sonne » alors que vous n’êtes pas derrière votre écran, télémédecine ou pas, il n’y aura pas de « médecine ». D’ailleurs, sur l’année 2011, nous avons un projet, financé sur le budget de l’Etat, en partenariat avec le MPTIC, de déploiement de 50 « points de vis-à-vis », du nord vers le sud ; mais ça pourrait être de l’est vers l’ouest, dont une vingtaine diffuse et une trentaine reçoit.

5 réflexions sur “M. Youcef Benkaci, directeur général des systèmes d’information et de la modernité de la santé, à IT Mag : « Notre projet est de déployer 50 points d’accès de télémédecine pour 2011 »

  • 16 mai 2011 à 10h48
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    tres bon , je suis arrive sur votre page grace à google et serieusement je ne suis pas decu.

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  • 9 mai 2012 à 20h25
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    étant chercheur universitaire , le domaine de la santé me passionne , et actuellement je prépare une communica colloque inter

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  • 9 mai 2012 à 20h29
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    étant chercheur universitaire , le domaine de la santé me passionne , et actuellement je prépare une communication pour un colloque international portant sur les nouvelles technologies et l’innovation dans le domaine de la santé , de ce fait votre article m’a été utile

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  • 14 avril 2013 à 21h53
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    Bonjour,
    Cet article donne une idée sur l’orientation du secteur de la santé vers les nouvelles technologies.
    Etant Ingénieur en Informatique qui a eu son diplome en Algérie et avec une expérience internationale dans le monde IT be.linkedin.com/in/djillalimoulay/
    J’aimerais bien mettre mon expérience au service du secteur de la santé en Algérie en proposant une solution GED pour les images médicales au format DICOM
    Ce système permet de :
    – Organiser et de faciliter la création collaborative et la recherche de contenu médicales.
    – Capable de contrôler le contenu à travers son cycle de vie, et de suivre les modifications de contenu et les utilisateurs de contenu
    – Le partage de contenu, la sécurité, gestion des versions, la gestion du cycle de vie de contenu, workflow, Collaboration
    – Accès sans aucune installation de logiciel client nécessaire (Client Web, CIFS, WebDAV).
    Ce système permet de créer une base de connaissance pour les médecins avec des études de cas réeles (image médicale)
    Merci de me fournir plus d’informations pour pouvoir éxposer ce système au ministère de santé en Algérie.
    Bien à vous,
    Djillali Moulay
    IT Solutions Engineer
    moulaydj1@yahoo.fr

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