Quel futur pour la télévision Le numérique imprime sa marque

La télévision a subi de profonds changements ces dernières années. Il est bien loin le temps de la télévision linéaire où les chaînes imposent leurs grilles. Une évolution de fond s’est produite : le consommateur prend la main sur les programmes qu’il regarde et change les règles du jeu. Les plus jeunes, notamment, se moquent de savoir à quelle heure sera diffusée leur émission préférée. Le replay (télévision de rattrapage) et la vidéo à la demande comblent leurs attentes. Il y a quelques années encore, il n’était pas possible de «rattraper» un programme dont on avait manqué la diffusion en direct, à moins qu’on ait prévu, au préalable, de l’avoir enregistré, ou que la chaîne le diffuse à nouveau. Depuis quelques années, en partie grâce à la diffusion numérique et à la généralisation de l’accès à internet en haut débit, les chaînes ont mis en place des catalogues, accessibles sur leurs sites internet ou sur d’autres plateformes, qui proposent une large partie des émissions qu’elles ont récemment programmées. Celles-ci restent accessibles pendant plusieurs jours après leur diffusion. Si un grand nombre de chaînes proposent ce genre de programmes, ce n’est pas pour répondre à une obligation, mais en raison du succès de ce modèle : en quelques années, la pratique du rattrapage s’est fortement développée au sein du public qui trouve ainsi un moyen d’adapter sa consommation de programmes audiovisuels à son emploi du temps, et non l’inverse. Les nouveaux télespectateurs ne regardent que très peu la télévision en direct si ce n’est que pour les nouvelles du jour. La télévision linéaire va encore durer grâce au sport.
Peu à peu, elle s’est affranchie des grilles de programme et cesse d’être un outil de masse pour devenir un média consommé à la carte et à la demande, de façon personnalisée. Aujourd’hui, avec le miracle de la technologie, la télévision ne se regarde pas de la même manière et sur un même support, surtout avec l’arrivée des tablettes, ordinateurs et téléphones portables. Le multi-écrans domine : via un ordinateur branché à la télévision en HDMI, on peut regarder des films et des documentaires. On regarde des podcasts sur You Tube. Le streaming progresse. On bascule peu à peu vers l’hyper-offre sur tous supports. Les personnes retraitées ou sans emploi sont toujours celles qui regardent le plus la télévision, alors que les plus jeunes sont celles qui passent le plus de temps devant l’ordinateur. La télévision reste avant tout un loisir de soirée : entre 19 heures et minuit, un tiers du temps lui est dédié. Au milieu des années 1980, regarder la télévision se pratiquait souvent à plusieurs. Mais le petit écran ne rassemble plus les familles comme avant. Ce changement de pratiques serait avant tout lié à une hausse importante du nombre de téléviseurs par ménage. Baisse des prix, multiplication des écrans plats… Les foyers dotés de deux téléviseurs s’imposent comme la norme.
Les technologies permettent quatre changements majeurs des habitudes de consommation de la télévision. Une explosion de l’offre des chaînes : je regarde ce qui me plaît, une vision en différé : je regarde quand je veux, de nouveaux services : je regarde sur l’écran qui me plaît (TV, smartphone, PC, tablette) et des contenus additionnels : Je partage, j’échange, j’interagis. La télévision et son design vont probablement encore connaître ces prochaines années des mutations considérables. Si certains envisagent l’écran s’incrustant dans les vitres ou les miroirs, c’est au consommateur de s’approprier ces technologies. Aujourd’hui, le téléspectateur a déjà acquis la liberté de consommer la télévision où et comme il l’entend. Dans le futur, ces libertés engendreront une fragmentation de l’audience encore plus grande.
Les réseaux sociaux ont revitalisé le direct, et notamment Twitter. C’est le phénomène qui a redonné le goût de la consommation de programmes TV en direct. Cela favorise plutôt les émissions de TV réalité, après les débats politiques et le sport. Dans tous les pays, l’effritement de l’audience au détriment des grandes chaines se poursuit inexorablement. La TV de rattrapage, c’est bien, mais plein de contraintes pour le consommateur. Il a un laps de temps limité d’entre une semaine et un mois pour regarder les contenus proposés à la demande.
Au-delà de ce délai, les contenus ne sont ou plus disponibles du tout ou commercialisés dans des offres de vidéo à la demande. L’intégration des réseaux sociaux a permis de faire évoluer la participation du public aux émissions pour poser des questions aux animateurs ou intervenants surtout dans les émissions politiques et les talk-shows. On fait aussi voter le public comme dans les émissions de télé-réalité car les SMS gardent toujours la cote car ils génèrent de vrais revenus.
En Algérie, nous ne pouvons pas échapper à ces phénomènes. Nous assistons à un changement majeur dans les habitudes de consommation du média TV, avec l’avènement de chaînes télé émettant de l’étranger, allant de Echourouk TV à Samira TV en passant par El Djazaïria TV. Cette configuration a déjà conduit à la fragmentation des audiences. La prolifération de l’offre télévisuelle, en genres et en nombres, constitue un challenge supplémentaire pour les chaînes privées algériennes qui se soumettent à une forte concurrence. Pour reconquérir le téléspectateur, le programmateur aura à trouver la bonne combinaison entre télévision connectée, télévision sociale, guides de programmes évolués, nouvelles interfaces, production de contenus pluriels ou transmédia, entre autres. La programmation, d’abord historiquement imposée autour d’un modèle de télévision de rendez-vous, tend de plus en plus vers une programmation assistée autour d’un modèle de télévision connectée et sociale à la recherche d’un nouvel équilibre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *