L'Essentiel
0

Animation, discussions et connaissances «réelles» tendent à disparaître Avec les applications des téléphones mobiles, on zappe son environnement immédiat !

Le phénomène est relativement nouveau dans la société algérienne, mais tend à prendre des proportions de plus en plus profondes. A la mesure de la pénétration sans cesse croissante de l’utilisation de la téléphonie mobile, les Algériens, essentiellement les jeunes férus des TIC, n’accordent plus l’importance de discuter, d’échanger et de faire connaissance avec ceux […]

bbbbbbLe phénomène est relativement nouveau dans la société algérienne, mais tend à prendre des proportions de plus en plus profondes. A la mesure de la pénétration sans cesse croissante de l’utilisation de la téléphonie mobile, les Algériens, essentiellement les jeunes férus des TIC, n’accordent plus l’importance de discuter, d’échanger et de faire connaissance avec ceux qui s’assoient à côté d’eux. Dans les transports en commun, les salles d’attente, les cafés maures, chez le coiffeur ou même dans les espaces publics, l’ambiance d’antan a déjà pris chemin vers la…disparition. Personne ne se soucie de faire connaissance de ses concitoyens qu’il côtoie, tant le principal souci est de «plonger» dans son monde virtuel en navigant dans des applications, jeux ou discussion sur internet sur téléphone mobile. L’entourage réel et immédiat est, donc, tout simplement ignoré, en raison de la généralisation et de la démocratisation de l’utilisation de ces appareils qui ont changé, voire déphasé, les constantes sociologiques dans le pays. «Je m’en fous de ceux qui s’assoient à mes côtés ou ceux qui attendent de passer chez le médecin ou autre. Je ne cherche pas à les connaître et ça me fait éviter des problèmes. Heureusement que sur mon Iphone, je trouve tout ce dont j’ai besoin, avoue Rafik, 28 ans, comptable dans une entreprise privée à Alger. «Cela fait exactement deux années que je n’ai pas parlé avec des gens que je ne connais pas auparavant dans les espaces publics. Je me sens beaucoup plus à l’aise avec mon monde virtuel», ajoute notre interlocuteur, qui semble heureux de l’«apport des téléphones mobiles dotés de jeux, d’applications et de connexion internet». Heureux. La plupart des jeunes partagent le même sentiment et le même état d’âme, tant les nouvelles technologies de l’information et de la communication ont amené, selon eux, «la paix dans l’âme». L’ambiance, le brouhaha et les échanges, le plus souvent bruyants, sur des sujets d’actualité politique, économique ou sportive ne font plus partie, de nos jours, de la réalité des Algériens. Il faut dire, là aussi, que l’accessibilité à l’acquisition des appareils téléphoniques «modernes» pour une large couche des citoyens a contribué à l’apparition et à l’expansion du phénomène. Et même ceux dont les moyens financiers ne permettent d’acheter un appareil doté des applications désirées, ils se dirigent vers le marché d’occasion pour concrétiser ce «rêve». C’est l’avis de plusieurs jeunes algérois qui affirment qu’ils ont eu recours aux marchés d’appareils déjà utilisés, communément appelés Souk Dellala, pour se doter de ces outils magiques à même de les plonger dans un monde autre que celui auquel ils appartiennent. «Les nouveaux appareils sont quelque peu onéreux, mais il y a cette solution de marchés d’occasion, où on a acheté des téléphones multimédias, en bon état, et à des prix très abordables. L’essentiel pour nous est d’éviter les contacts inutiles avec des gens qui peuvent nous importuner», s’accordent-ils à affirmer.

Les valeurs sociales en déperdition…
Pour les spécialistes en sociologie, le phénomène d’isolement à travers des outils technologiques, peut amener, à moyen et à long termes, à la déperdition des valeurs morales et sociales ancestrales et bien incrustées depuis des lustres dans notre société. L’entraide, la générosité, l’altruisme, les liens sociaux fondés sur le respect et la considération…sont autant de constantes qui risquent, donc, de ne plus faire partie intégrante du mode social algérien dans quelques années. «Les nouvelles technologies sont bonnes à prendre et à utiliser, mais cela ne doit être de façon exagérée et démesurée. Car, une vie sociale se construit aussi sur des échanges, des connaissances et des gestes collectifs fondés sur des valeurs morales. A la cadence où vont les choses, on risque de devenir une société sans âme, à l’image des sociétés occidentales, où les contacts entre les gens sont très rares et se limitent à des intérêts bien précis», analyse Ferhat Maknouche, chercheur en psychologie sociale. «Il est temps de sensibiliser les jeunes, notamment, sur la rationalisation d’utilisation des appareils technologiques modernes. Des campagnes contre l’excès et l’exagération sont indispensables et à même d’éviter les conséquentes néfastes de cette addiction», explique notre interlocuteur, souhaitant que «même les opérateurs téléphoniques s’impliquent dans cet effort, dont l’objectif est de préserver les piliers de la vie sociale en Algérie».

Les personnes âgées entre colère et appréhension
«Il n’y a pas si longtemps, nous vivions dans une ambiance particulière, où les gens échangeaient, discutaient et se faisaient connaissance avec plaisir. La vie était dynamique et la société était en pleine homogénéité. De nos jours, les jeunes s’isolent de plus en plus et tendent à ignorer la valeur des liens sociaux !», regrettent, sur un ton de dépit, certaines retraités croisés dans un café maure à Birkhadem (Alger). «Qu’un jeune évite de saluer son voisin parce qu’il est occupé avec son téléphone mobile, c’est vraiment indigne ! Ou qu’on ignore un cri de détresse d’un autre citoyen, pour la même raison, c’est inacceptable», rouspètent-ils. Ces hommes âgés craignent sur l’avenir des relations sociales en Algérie. «J’espère ne plus être de ce monde, quand nos valeurs sociales auront totalement disparu. Déjà, actuellement, je constate avec amertume la descente aux enfers de nos traditions en termes d’échanges et de vie collective !», lance, dépité, Aâmi Mokrane, ancien immigré. «Je ne veux plus que notre société ressemble aux sociétés occidentales, où les gens sont froids et n’affichent aucun intérêt aux préoccupations de leurs concitoyens», tonne-il. C’est donc un cri de détresse et une sonnette d’alarme qui sont tirés aussi bien par les spécialistes que les personnes âgées sur un phénomène qui risque, selon eux, d’emporter tout un modèle de vie collective, dont les repères étaient, jusque-là, préservés. La technologie peut aussi être néfaste, si on exagère dans son utilisation…

Le phénomène est relativement nouveau dans la société algérienne, mais tend à prendre des proportions de plus en plus profondes. A la mesure de la pénétration sans cesse croissante de l’utilisation de la téléphonie mobile, les Algériens, essentiellement les jeunes férus des TIC, n’accordent plus l’importance de discuter, d’échanger et de faire connaissance avec ceux qui s’assoient à côté d’eux. Dans les transports en commun, les salles d’attente, les cafés maures, chez le coiffeur ou même dans les espaces publics, l’ambiance d’antan a déjà pris chemin vers la…disparition. Personne ne se soucie de faire connaissance de ses concitoyens qu’il côtoie, tant le principal souci est de «plonger» dans son monde virtuel en navigant dans des applications, jeux ou discussion sur internet sur téléphone mobile. L’entourage réel et immédiat est, donc, tout simplement ignoré, en raison de la généralisation et de la démocratisation de l’utilisation de ces appareils qui ont changé, voire déphasé, les constantes sociologiques dans le pays. «Je m’en fous de ceux qui s’assoient à mes côtés ou ceux qui attendent de passer chez le médecin ou autre. Je ne cherche pas à les connaître et ça me fait éviter des problèmes. Heureusement que sur mon Iphone, je trouve tout ce dont j’ai besoin, avoue Rafik, 28 ans, comptable dans une entreprise privée à Alger. «Cela fait exactement deux années que je n’ai pas parlé avec des gens que je ne connais pas auparavant dans les espaces publics. Je me sens beaucoup plus à l’aise avec mon monde virtuel», ajoute notre interlocuteur, qui semble heureux de l’«apport des téléphones mobiles dotés de jeux, d’applications et de connexion internet». Heureux. La plupart des jeunes partagent le même sentiment et le même état d’âme, tant les nouvelles technologies de l’information et de la communication ont amené, selon eux, «la paix dans l’âme». L’ambiance, le brouhaha et les échanges, le plus souvent bruyants, sur des sujets d’actualité politique, économique ou sportive ne font plus partie, de nos jours, de la réalité des Algériens. Il faut dire, là aussi, que l’accessibilité à l’acquisition des appareils téléphoniques «modernes» pour une large couche des citoyens a contribué à l’apparition et à l’expansion du phénomène. Et même ceux dont les moyens financiers ne permettent d’acheter un appareil doté des applications désirées, ils se dirigent vers le marché d’occasion pour concrétiser ce «rêve». C’est l’avis de plusieurs jeunes algérois qui affirment qu’ils ont eu recours aux marchés d’appareils déjà utilisés, communément appelés Souk Dellala, pour se doter de ces outils magiques à même de les plonger dans un monde autre que celui auquel ils appartiennent. «Les nouveaux appareils sont quelque peu onéreux, mais il y a cette solution de marchés d’occasion, où on a acheté des téléphones multimédias, en bon état, et à des prix très abordables. L’essentiel pour nous est d’éviter les contacts inutiles avec des gens qui peuvent nous importuner», s’accordent-ils à affirmer.

Les valeurs sociales en déperdition…
Pour les spécialistes en sociologie, le phénomène d’isolement à travers des outils technologiques, peut amener, à moyen et à long termes, à la déperdition des valeurs morales et sociales ancestrales et bien incrustées depuis des lustres dans notre société. L’entraide, la générosité, l’altruisme, les liens sociaux fondés sur le respect et la considération…sont autant de constantes qui risquent, donc, de ne plus faire partie intégrante du mode social algérien dans quelques années. «Les nouvelles technologies sont bonnes à prendre et à utiliser, mais cela ne doit être de façon exagérée et démesurée. Car, une vie sociale se construit aussi sur des échanges, des connaissances et des gestes collectifs fondés sur des valeurs morales. A la cadence où vont les choses, on risque de devenir une société sans âme, à l’image des sociétés occidentales, où les contacts entre les gens sont très rares et se limitent à des intérêts bien précis», analyse Ferhat Maknouche, chercheur en psychologie sociale. «Il est temps de sensibiliser les jeunes, notamment, sur la rationalisation d’utilisation des appareils technologiques modernes. Des campagnes contre l’excès et l’exagération sont indispensables et à même d’éviter les conséquentes néfastes de cette addiction», explique notre interlocuteur, souhaitant que «même les opérateurs téléphoniques s’impliquent dans cet effort, dont l’objectif est de préserver les piliers de la vie sociale en Algérie».

Les personnes âgées entre colère et appréhension
«Il n’y a pas si longtemps, nous vivions dans une ambiance particulière, où les gens échangeaient, discutaient et se faisaient connaissance avec plaisir. La vie était dynamique et la société était en pleine homogénéité. De nos jours, les jeunes s’isolent de plus en plus et tendent à ignorer la valeur des liens sociaux !», regrettent, sur un ton de dépit, certaines retraités croisés dans un café maure à Birkhadem (Alger). «Qu’un jeune évite de saluer son voisin parce qu’il est occupé avec son téléphone mobile, c’est vraiment indigne ! Ou qu’on ignore un cri de détresse d’un autre citoyen, pour la même raison, c’est inacceptable», rouspètent-ils. Ces hommes âgés craignent sur l’avenir des relations sociales en Algérie. «J’espère ne plus être de ce monde, quand nos valeurs sociales auront totalement disparu. Déjà, actuellement, je constate avec amertume la descente aux enfers de nos traditions en termes d’échanges et de vie collective !», lance, dépité, Aâmi Mokrane, ancien immigré. «Je ne veux plus que notre société ressemble aux sociétés occidentales, où les gens sont froids et n’affichent aucun intérêt aux préoccupations de leurs concitoyens», tonne-il. C’est donc un cri de détresse et une sonnette d’alarme qui sont tirés aussi bien par les spécialistes que les personnes âgées sur un phénomène qui risque, selon eux, d’emporter tout un modèle de vie collective, dont les repères étaient, jusque-là, préservés. La technologie peut aussi être néfaste, si on exagère dans son utilisation…

Share:
  • googleplus
  • linkedin
  • tumblr
  • rss
  • pinterest
  • mail

Written by itmag2003

There are 0 comments

Leave a comment

Want to express your opinion?
Leave a reply!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Lire les articles précédents :
José Dominguez Gonzalez-Seco
Entretien avec José Dominguez Gonzalez-Seco, directeur stratégie auprès de Ooredoo «Réussir c’est créer une entreprise viable qui paie ses taxes et ses employés»

L’incubateur d’ooredoo se trouve dans un espace au dessus de la boutique du siège social de l’opérateur mobile. Pour y...

Fermer