L'Essentiel
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Entretien avec M. Mustapha Djafour, vice-recteur de l’université de Tlemcen chargé des relations extérieures : « Entreprendre, créer et s’enrichir, c’est bien ; c’est possible, ils peuvent le faire »

IT Mag : Voulez-vous revenir brièvement sur l’université de Tlemcen… M. Mustapha Djafour : L’université de Tlemcen compte actuellement 40 000 étudiants, 8 facultés,  1 500 enseignants, 60 laboratoires de recherche pluridisciplinaires, 200 filières de formation, 80 spécialités de post-graduation. C’est une université qui a vu tous ses indicateurs tripler en 10 ans : le nombre d’étudiants, le nombre de […]

IT Mag : Voulez-vous revenir brièvement sur l’université de Tlemcen…
M. Mustapha Djafour : L’université de Tlemcen compte actuellement 40 000 étudiants, 8 facultés,  1 500 enseignants, 60 laboratoires de recherche pluridisciplinaires, 200 filières de formation, 80 spécialités de post-graduation. C’est une université qui a vu tous ses indicateurs tripler en 10 ans : le nombre d’étudiants, le nombre de places pédagogiques, l’encadrement, les infrastructures? A titre d’exemple; le nombre d’étudiants par PC, où nous étions à un PC pour 69 étudiants il y a 5 à peine ans, a été ramené aujourd’hui à un PC pour 19 étudiants? Pour ce qui est de la faculté de technologies, nous y avons pratiquement toutes les disciplines sauf le génie des procédés. Nous y comptons aussi quelque 3 500 étudiants.

Comment sont les relations de l’université de Tlemcen avec les entreprises ?
Multiples. Il y a toujours eu des stages ou des sorties en entreprise pour les étudiants. Seulement, l’initiative était souvent individuelle. C’est parce que l’enseignant connaissait le directeur ou le chef de projet qu’il est arrivé à placer ses étudiants. Ce que nous essayons de faire, ce qui est nouveau, c’est d’instituer cette relation, de la rendre fonctionnelle au-delà des personnes. Nous avons mis en place, il y a une année, un bureau de liaison université entreprises et sa mission est d’entretenir cette relation à tous les niveaux. Mais il s’agit de tisser d’abord une relation de confiance ; d’être à l’écoute et de dire que l’entreprise a intérêt à se rapprocher de l’université et vice versa dans la mesure où l’université a intérêt à placer ses étudiants et à les former utilement pour l’entreprise.

Quelles sont les initiatives ou les opérations que vous engagez pour promouvoir vos étudiants ?
L’année dernière, nous avons organisé des journées sur l’économie du savoir, sur comment on peut créer de la richesse à partir du savoir, où nous avons invité des partenaires internationaux et locaux dans le cadre de conférences, d’échanges et de débats. Nous avons beaucoup insisté sur le tissue PME-PMI, chambres de commerce, associations de chefs d’entreprises, et nous les invitons à chaque fois. Ce n’est pas toujours parfait, il y a lieu de mettre en place une dynamique et c’est en multipliant les initiatives que ça va prendre. Nous avons organisé également les Start-up Week-end, où nous avons invité les entreprises à venir recruter chez nous à travers des « speed recruiting », le but étant de faire pénétrer les entreprises à l’intérieur de l’enceinte universitaire.

Qu’en est-il de la relation université institutions ?
Nous avons des laboratoires assez dynamiques et le ministère de l’Intérieur, pour ne citer que lui, ou encore celui de la Défense, ont fait appel à l’université de Tlemcen -pour les dossiers que je connais- afin de développer une application sur système mobile.  Un transfert de compétences, un transfert de savoir s’est opéré pour résoudre des problèmes spécifiques. Ceci pour ce qui est des institutions de l’Etat. Les initiatives existent, elles sont réelles, elles sont sur le terrain. Le ministère de l’Intérieur a pris connaissance des compétences des collègues  lors des Journées de la recherche. Ceci pour vous dire que c’est utile de faire rencontrer les gens, d’exposer et de communiquer.
Par rapport à la sphère économique, en termes de compétence pure, en 2010, l’université de Tlemcen a obtenu 7 prix dont certains internationaux. Aussi, à ma connaissance, il y a eu deux brevets et, à mon sens, il y a juste une dynamique, celle d’aller vers le monde réel, vers la production de la richesse, à installer, à franchir et à atteindre. Parce que les objectifs de l’université jusqu’à aujourd’hui étaient de produire du savoir, en réalité de produire des diplômes, et les doctorants faisaient de la recherche pour publier. Maintenant, il s’agit juste de faire de la recherche pour créer de la richesse et là, en présentant les sucess story qui sont en train de se produire, on va peut-être créer de l’émulation.

Un exemple de success story ?
Nous avons envoyé un étudiant en Suède afin de finaliser sa thèse dans le cadre d’un programme de mobilité, il est parti de l’idée, de chez nous, dans le cadre de sa thèse, arrivé en Suède, les gens ont trouvé qu’elle pourrait avoir un impact économique. Dans une première étape, on lui propose de lui racheter l’idée. C’est parce qu’ils y ont vu une plus-value commerciale. Puis, cet étudiant a eu le bon réflexe de refuser et donc de protéger son idée. Là nous sommes dans une logique de brevetage et de protection de la propriété industrielle et intellectuelle, et je suis sûr que tout ça va aboutir dans les prochains jours. C’est juste pour vous dire que l’un des prix qu’ont obtenus les enseignants de Tlemcen concernait une application pour les enfants handicapés. Même si elle est dépourvue d’impact économique, elle possède un impact social très important. Un autre exemple qui me vient à l’esprit, c’est le département de psychologie qui a innové, qui s’est intéressé au devenir d’enfants qui ont des troubles de la communication, essentiellement des enfants autistes, ils se sont spécialisés, avec le ministère de la Solidarité nationale, il y a eu une synergie qui s’est installée, pour développer une solution en direction de ces enfants. L’université interagit avec son environnement, peut-être pas à la dimension voulue mais je suis convaincu qu’en communiquant suffisamment sur ces points positifs, on arrivera à élargir cette sphère.

Quelle est cette « dimension voulue » ?
Il y a beaucoup de thèses, de publications qui sont produites. Beaucoup plus que ce qui est apparent. Pour ne citer que l’université de Tlemcen, seul trois-huitième de la production est visible. Nous sommes en train de travailler sur la visibilité de notre production. L’université produisait des thèses, des diplômes, des articles, il est temps qu’elle produise de la richesse. Et là, c’est juste une culture à installer. Avec Microsoft par exemple, qui organisé un chantier de développement, le DevCamp, pour les étudiants afin de concevoir des applications sur smartphones, tous nos étudiants ont mis leurs produits sur le Net gratuitement… C’est une erreur ! Ils auraient pu les mettre à un dollar ou un demi-dollar, et s’il y a 1 000 personnes qui les téléchargent, ça aurait donné 1 000 dollars à cet étudiant ; il aurait mesuré l’impact économique sur sa personne. Là il y a un travail à faire afin d’enraciner une culture économique.

Comment enraciner cette culture justement ?
C’est la raison pour laquelle j’ai besoin des entreprises, pour qu’elles coachent ces étudiants. Sur le papier, toutes les filières développées dans le cadre de la réforme ont au moins un pourcentage raisonnable de management, de finances? et même pour les filières de sciences humaines et sociales. La transversalité est obligatoire dans tout canevas de formation. Sa mise en uvre est à parfaire, je suis d’accord, mais il y a un effort de la part de l’université de développer l’entreprenariat, de développer la connaissance du monde de l’entreprise, de développer l’autonomie chez les étudiants. Oui nous menons un certain nombre d’actions avec ces objectifs.

Quel est votre message aux étudiants ?
Le challenge est énorme. 40 000 étudiants, jeunes, qui ont besoin de perspectives d’avenir, mon message, c’est que l’avenir leur appartient, il faut juste qu’on leur fasse suffisamment confiance et qu’ils prennent eux-mêmes conscience qu’ils peuvent développer des choses, qu’ils peuvent faire des choses et que ça pourra marcher. Les jeunes maintenant, et je vais parler à titre pratiquement personnel, s’ils ne trouvent pas un emploi en tant que fonctionnaires, pour eux, ils sont en situation d’échec. Il faut sortir de cette logique ! Entreprendre, créer et s’enrichir, c’est bien ; c’est possible, ils peuvent le faire. Et c’est en les impliquant, à travers les associations et les clubs scientifiques ou estudiantins, en les mettant en relation avec les entreprises dans leur organisation, car c’est un moyen de les sortir de la sphère universitaire, qui est un cocon bien protégé, où ils sont bien pris en charge et ont tout à leur disposition, qu’ils ouvriront leurs yeux sur ce qui est possible de faire.

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Écrit par itmag2003

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