L'Entretien
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Farid Benyahia, docteur en relations internationales diplomatiques, à IT Mag « Nos capacités de réaction sont très limitées »

L’introduction de la nanotechnologie en Algérie nécessite, selon lui, de mettre en place des centres de recherches spécialisés et d’appeler les experts algériens qui exercent actuellement dans les pays occidentaux IT Mag : Vous avez indiqué que la sécurité informatique constitue un élément incontournable dans la sécurité du pays. Pensez-vous que nos systèmes d’information soient suffisamment […]

L’introduction de la nanotechnologie en Algérie nécessite, selon lui, de mettre en place des centres de recherches spécialisés et d’appeler les experts algériens qui exercent actuellement dans les pays occidentaux

IT Mag : Vous avez indiqué que la sécurité informatique constitue un élément incontournable dans la sécurité du pays. Pensez-vous que nos systèmes d’information soient suffisamment sécurisés en Algérie ?
Farid Benyahia : La protection du système d’information est l’un des défis majeurs qui doit être relevé aujourd’hui. Les attaques informatiques ciblent de plus en plus les hautes institutions et les Algériens sont manipulés via Internet. L’Algérie est aujourd’hui ciblée par une guerre électronique émanant de hackers. Sur les sites de socialisation comme Facebook ou Twitter, des Algériens peuvent discuter avec des espions étrangers cachés derrière des pseudonymes divers. On a même tenté de déclencher des émeutes en Algérie et installer un climat de tension sociale et politique comme cela s’est passé dans des pays arabes comme la Tunisie, la Libye ou l’Egypte. J’estime que le système d’information est très vulnérable.

Qu’en est-il des capacités de réaction par rapport à ces attaques informatiques ?
Il faut dire que nos capacités de réaction sont très limitées. Repousser les attaques informatiques est devenu l’affaire de jeunes très doués en informatique et la manipulation d’Internet. Hélas, il n’y a pas aujourd’hui une institution chargée de sécuriser le système national d’information et mettre les sites des différentes institutions et les internautes algériens à l’abri de la menace persistante des hackers. Infiltrer les sites officiels et stratégiques et modifier leurs bases de données sont devenus une tâche facile aux hackers. Continuer à compter sur des jeunes motivés par leur patriotisme pour repousser les attaques informatiques est une immense erreur stratégique car remédier à la vulnérabilité inquiétante et les capacités de réaction quasi-insignifiantes doivent être l’affaire d’institutions spécialisées.

Tout le monde s’accorde à dire que des sites officiels sont vulnérables, mais on n’arrive pas à avoir des informations détaillées concernant l’ampleur des attaques…
Les attaques informatiques existent bel et bien et toutes les institutions officielles sont ciblées par des hackers, mais aucune étude, ni enquête n’a été réalisée sur ce sujet. Là il s’agit, d’une part, d’une grave lacune en matière de communication officielle et, d’autre part, de l’indifférence criante concernant la sécurité informatique. C’est la loi du silence qui entoure cette question d’extrême gravité. Le comble est qu’on est souvent attaqué, on ne réagit pas au moment opportun, mais on n’ose même pas en parler. Je pense que cette attitude peut avoir des effets très préjudiciables pour la sécurité du pays.

Quelles sont les solutions que vous préconisez à cet effet ?
Faire face au danger qui guette le pays en matière de sécurité informatique nécessite la mise en place d’une structure étatique spécialisée et encadrée par des experts hautement qualifiés. Je pense qu’il est plus que jamais temps pour les pouvoirs publics de prendre conscience de cette menace et passer à l’action avant que ce ne soit trop tard. Il faut aussi faire appel aux compétences algériennes établies à l’étranger pour apporter leur contribution pour assurer une veille permanente sur les systèmes d’information. Il ne faut surtout pas perdre de temps car on risque d’être pris de vitesse si on ne se met pas vite au diapason des évolutions. Tant que le pays dispose de potentiel humain et financier, il est urgent d’installer une institution chargée de la sécurité informatique.

Les hackers ciblent même les pays les plus développés et parviennent à infiltrer des sites officiels. Un commentaire…
Il est vrai que les attaques informatiques n’épargnent aucun pays du monde et même le site de la Maison-Blanche a été piraté. Les hackers sont de plus en plus nombreux et les techniques de guerre électronique ne cessent de se développer, portant un lourd préjudice à la sécurité des différents pays. Je crois que la Chine est le meilleur exemple à suivre en matière de sécurité informatique car ce pays est parvenu à mettre au point un système de filtrage et de cryptage performants contre les hackers. Les systèmes de défense doivent évoluer au même rythme que les systèmes d’attaques et je pense que l’Algérie possède largement les moyens qui lui permettent de relever ce défi.

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Écrit par itmag2003

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