L'Essentiel
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La lecture, l'autre victime de la Toile

S’il est vrai que l’avènement d’Internet a eu beaucoup de répercussions positives au sein de la société algérienne, il n’en demeure pas moins que l’utilisation excessive et à mauvais escient de la Toile est à l’origine de la perte de certains bons réflexes     Le dégât le plus remarquable d’Internet sur les jeunes algériens […]

S’il est vrai que l’avènement d’Internet a eu beaucoup de répercussions positives au sein de la société algérienne, il n’en demeure pas moins que l’utilisation excessive et à mauvais escient de la Toile est à l’origine de la perte de certains bons réflexes

 

 

Le dégât le plus remarquable d’Internet sur les jeunes algériens est la négligence de la lecture par les étudiants-chercheurs et élèves. Ces derniers recourent à la Toile afin d’obtenir les informations nécessaires dans leurs cursus respectifs. Le livre, quant à lui, reste marginalisé. Et comme les sites spécialisés dans différents domaines sont légion, il est devenu aisé de tomber sur tout ce dont on a envie de savoir, sans déployer le moindre effort. La solution de facilité attire de plus en plus de jeunes dont le seul objectif devient celui de « bâcler le travail » ne se souciant plus de la qualité des connaissances à retenir. Prendre affectueusement un livre et le lire patiemment commencent en effet à devenir une habitude d’une ère révolue. Et c’est la paresse qui, en revanche, ne cesse de prendre des ailes, avec des conséquences qui risquent d’être préjudiciables à long terme. Tout est devenu accessible sur la Toile et en quelques secondes on peut obtenir des « tonnes » d’informations. Pourquoi alors passer son temps à « scruter » des pages de livres, disent nos jeunes. « Il est vrai que le livre est irremplaçable, mais de nos jours il ne faut pas consacrer beaucoup de temps à la lecture, tant la Toile nous offre de grandes opportunités pour parvenir à nos objectifs. Avec la technologie, il faut faire vite », affirment des étudiants en sciences économiques à la faculté de Dély Brahim (Alger). Pour préparer leurs exposés, nos interlocuteurs avouent ne pas se diriger à la bibliothèque, mais plutôt au cybercafé. « Déjà pour obtenir un ouvrage, il faut faire la chaîne pendant près de deux heures. Et puis, on nous demande de le rendre dans une semaine au maximum ! C’est trop tout ça, alors que sur le Web, on arrive à réaliser nos recherches sans se casser la tête », disent-ils. Le nouveau réflexe ne se limite pas aux universitaires, mais touche également les élèves des cycles moyen et secondaire. Une tendance qui tend donc à se généraliser dans notre société. Même dans les moyens de transport public, il est rare aujourd’hui de voir quelqu’un avec un bouquin. Seuls les habitués continuent de le faire. « Il y a quelques années, lorsque je voyageais, je voyais la plupart des passagers avec des livres. Mais ces derniers temps, ils se contentent d’écouter la musique sur leurs téléphones portables. Il est grave que notre société perde l’amour de la lecture ! Comment veut-on construire une élite de demain, alors que nos jeunes ont boudé les livres ? Si on continue sur ce chemin, on aura une génération d’illettrés ! », se désole aami Omar, cadre à la retraite. « C’est aux enseignants et aux parents d’apprendre aux enfants à affectionner la lecture, car Internet ne peut jamais faire une génération d’intellectuels. C’est faux, la Toile ne peut jamais remplacer le livre ! », s’indigne encore notre interlocuteur. « Il y a des enseignants qui découvrent que les travaux de recherche sont copiés d’Internet et ne régissent pas à cela. Pourtant, lorsqu’ils posent des questions aux apprenants, ils s’aperçoivent que ces derniers n’ont rien compris. Il semble que même les enseignants sont devenus pressés de bâcler leur travail », regrette un ancien directeur d’un lycée à Boumerdès. « Tous les jeunes sont obsédés par Internet. Même mes enfants ne sont pas épargnés. Je leur ai acheté l’ensemble des ouvrages dont ils ont besoin, mais ils n’osent même pas les feuilleter ! Et chaque fois que j’essaye de les convaincre de l’utilité de la lecture, ils me qualifient de démodé », s’emporte notre interlocuteur.

Lire et apprendre du…vent !

Férus de la Toile, ces jeunes apprenants ne consacrent pas suffisamment du temps pour en tirer les avantages car ils se connectent, dans la plupart du temps, à plusieurs sites en même temps. Ils cherchent des informations sur le sujet de recherche parallèlement à des discussions sur les sites de socialisation, ce qui les empêche de se concentrer sur l’essentiel. « Il y a des étudiants qui viennent pour effectuer des recherches, mais la plupart d’entre eux ouvrent plusieurs fenêtres à la fois. Il leur est impossible alors de focaliser leurs efforts sur le sujet. Ils se contentent alors d’enregistrer des documents sur leurs flash-disk et quittent », témoigne un gérant d’un cybercafé. Garder des connaissances en tête devient une mission impossible. Le plus important pour les étudiants est d’exposer leur recherche en classe. Retenir les informations est leur dernier souci. « La précipitation ne mène certainement pas à préserver des connaissances, ce qui explique, en partie, la dégradation du niveau intellectuel des étudiants. Quand je leur demande qui est l’auteur d’un ouvrage cité dans la bibliographie, ils ne soufflent aucun mot ! Et parfois je tombe sur un plagiat flagrant, cela m’énerve, mais je ne peux rien face à la généralisation du phénomène », témoigne Hamid, enseignant de sciences politiques à l’université de M’sila. «  Avec la liste des ouvrages utilisée comme bibliographie, on a l’impression qu’ils ont sérieusement accompli le travail. Ils commencent généralement par dire que la recherche leur a pris du temps et qu’ils ont sué pour trouver tous les livres dans l’objectif de tromper l’enseignant et leurs camarades. Ces jeunes étudiants sont incroyablement doués dans l’art du mensonge ! », ajoute notre interlocuteur. « Mais il suffit de leur poser une question sur le fond du sujet, ils calent », témoigne un enseignant dans le département des sciences politiques à l’université de M’sila. Internet est utilisé à mauvais escient. Et les défauts apparaissent après l’obtention des diplômes, plus précisément aux entretiens d’embauche. « Je reçois des diplômés universitaires dont le niveau intellectuel est quasi-nul ! Comment veulent-ils réussir sur le plan professionnel, alors qu’ils n’ont pas le bagage nécessaire ? Certains candidats sont arrivés à avouer qu’ils ont décroché leurs diplômes par des coups de chance ou coups de copiage. C’est pas comme ça quand on forme une génération de compétents », se désole un chef d’une entreprise privée.

Des chiffres effarants…

Les recherches sur le phénomène de la régression de la lecture sont rares en Algérie, mais la réalité du terrain montre clairement que nos jeunes ont tendance à la négliger de plus en plus. Une étude réalisée en 2009 a démontré que 56,86% des Algériens ne lisent pas et le nombre global des personnes qui lisent régulièrement ne dépasse pas 6,8%. L’auteur de l’étude, le docteur Abdallah Bedaida, a noté « une absence quasi-totale » d’intérêt du citoyen algérien pour la production intellectuelle et culturelle. Selon lui, cette situation résulte de la généralisation des multimédias qui ont concurrencé le livre. Il faut dire aussi que quand on ne lit pas, on est forcément incapable de produire sur le plan intellectuel. Il y a beaucoup de diplômés universitaires incapables de rédiger une simple lettre administrative et cela ne peut s’expliquer que par le fait que ces derniers ne lisent pas. Que dire alors de l’écriture de livres spécialisés ou de  romans ?

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Écrit par itmag2003

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