L'Essentiel
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Les jeunes ajoutent de nouveaux mots à leur langage

Connecté, déconnecté, hors champ, twitter, wikileaks, mur, bip, flexy… voilà les nouveaux termes qui ont fait leur entrée « en force » dans le langage des Algériens, spécialement chez les jeunes. Ce sont plutôt des verbes qui se conjuguent à tous les temps et à tous les modes, selon la circonstance et le contexte d’usage. Ce nouveau […]

Connecté, déconnecté, hors champ, twitter, wikileaks, mur, bip, flexy… voilà les nouveaux termes qui ont fait leur entrée « en force » dans le langage des Algériens, spécialement chez les jeunes. Ce sont plutôt des verbes qui se conjuguent à tous les temps et à tous les modes, selon la circonstance et le contexte d’usage. Ce nouveau vocabulaire est entré par effraction, diraient certains défenseurs « chauvinistes » du langage traditionnel. Mais la réalité est tout autre. C’est un code linguistique qui reflète l’attachement des jeunes Algériens aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC).
Les Algériens, en particulier les classes juvéniles, sont férus des nouvelles inventions en la matière, un penchant qui ne se traduit pas uniquement par l’utilisation massive des TIC et la course acharnée vers les nouveautés. La généralisation d’Internet et l’accès à la téléphonie mobile se sont en effet répercutés sur une mutation remarquable dans le comportement et l’attitude des concernés. Et comme les TIC imposent, entre autres, l’utilisation d’un langage simple et rapide dans l’objectif de transmettre le message avec le minimum de « caractères » et en un temps réduit, nos jeunes ont obéi à la règle et ont vite inventé un langage conforme aux exigences de l’époque actuelle. N’en déplaise à certaines personnes qui brandissent, chaque fois, la menace que représente l’évolution technologique sur la culture nationale. Et si on tente de respecter les dogmes du langage populaire, on est vite qualifié d’ « arriéré », de « dépassé par les évènements » ou d’« ennemi du savoir et du développement ». Et ce n’est bien évidemment pas avec ces termes conformes aux notions du dictionnaire que les jeunes d’aujourd’hui traitent ceux qui tiennent à l’utilisation d’un vocabulaire correct. « Déconnecté, hors champ », voilà les mots que lancent les férus des TIC dans ce contexte précis.

« Tweet-moi un café ! »
Une petite virée dans certains quartiers populaires d’Alger nous a permis de comprendre l’ampleur d’un phénomène social qui risque de prendre encore d’autres proportions au vu de l’avancée incessante des inventions dans ce secteur vital.
« Flexily Kahoua, kho ! rani m’déconnecté gaa » (envoie-moi un café, mon frère ! Je suis complètement ensommeillé), lance un jeune à l’adresse du cafetier. Vêtu d’un survêtement serré, un maillot de la prestigieuse équipe de football FC Barcelone, une casquette portée à l’envers et des pantoufles légères, le jeune client est « noyé » dans sa musique préférée. On ne voit que des écouteurs collés à ses oreilles et un téléphone portable entre ses mains frêles. Il est très préoccupé. Tantôt il « virevolte » sa tête, tantôt il s’arrête pour changer la chanson. Il ne semble donner aucune importance à l’entourage. Le café tarde à venir, mais il n’éprouve aucune hâte. Il a peut-être oublié ce qu’il a commandé. Deux hommes, dépassant vraisemblablement la soixantaine, assis à côté, n’ont rien compris de la « tirade » lancée par le jeune B.C.B.G. (bon chic, bon genre). Ils s’échangeaient des regards stupéfaits, hochant les épaules. « D’où a-t-il appris le chinois, alors qu’il n’a jamais quitté le quartier ? Il a même abandonné l’école depuis qu’il était tout petit », murmure l’un des deux retraités. Et à son ami de répliquer : « Il ne fait que répéter les mots qu’il a entendus à la télévision.
Dommage, ces jeunes tentent d’adopter la langue des étrangers et abandonnent la leur ! ». Et voilà que le serveur arrive avec le café tant attendu. « Smahli kho ! mansitekch bessah erréso kan saturé » (excuse-moi, je ne t’ai pas oublié, mais il y a juste un grand nombre de clients), dit-il à l’adresse du client. Ce dernier se réveille enfin de sa léthargie et remercie le serveur. Quelques instants plus tard, un autre jeune fait son entrée dans ce café populaire sis au fameux quartier des Trois-Horloges. « Wach chriki ? Le mur dialek mayferrahch ! Rahlek le champ wella wach ? », lance-t-il à son camarade qui n’a pas encore dégusté son café.
Ce n’est qu’après la réponse de ce dernier que nous avons pu déchiffrer le code. Le mur, un terme utilisé dans le réseau social Facebook. Dans ce contexte précis, ce mot signifie les signes du visage, la mine. Et l’expression signifie : « Qu’est-ce que tu as, mon pote ? Tu as la mine défaite, tu es désorienté ou quoi ? ». Cette scène renseigne, on ne peut plus clairement, sur la tendance de nos jeunes à « insérer » les TIC dans leur communication quotidienne.
Nous quittons le café, avec cette certitude d’avoir raté une opportunité d’apprendre plusieurs termes. Heureusement que le nouveau langage ne se limite pas aux cafés…

Les moyens de transport et les réseaux sociaux
Le bus menant de la Grande-Poste (Alger-centre) à Ben Aknoun tarde à faire le plein. A peine une dizaine de personnes se trouvent à bord. Un silence de cimetière y règne, certains voyageurs sont occupés à feuilleter des journaux, alors que d’autres sont « plongés » dans leurs soucis quotidiens mêlés au stress engendré par le retard mis par le bus pour démarrer. Deux jeunes filles, à l’air agité, font leur entrée.  Dès qu’elles ont pris place, elles entament une discussion animée avec un vocabulaire tiré des TIC. L’une d’elle se plaint de son frère aîné. « Idhel ibipi, kesserli rassi ! offff ! Bessah âla bali chkoun iâmarlou rassou, wahed wilikileaks ta3 el houma » (il ne cesse de m’interroger, il devient très embarrassant ! Mais je sais qui est en train de lui dire de mauvaises choses sur moi, c’est le mouchard du quartier), lance-t-elle. « Matkessrich rassek, khellih yetwitti hatta ya’ia ! Mataamrich réso ta3ek bih u ki yahdar m3ak la3biha mdeconnectia. Hadak wikileaks n’challah la fibre optique ta3ou tetehreg » (ne te casse pas trop la tête, laisse le jaser jusqu’à ce qu’il s’en lasse ! ne te fais pas de soucis et lorsqu’il te parle fais comme si tu étais sourde. Et ce mouchard, que Dieu le punisse).
Voilà un exemple d’un langage inaccessible aux Algériens non initiés à Internet et aux réseaux de socialisation. Une discussion qui a d’ailleurs laissé stupéfaite une femme âgée qui exprimait son ébahissement en mettant sa main sur sa bouche et fixant les jeunes filles d’un regard pantois. Les jeunes ayant compris les contours de la discussion n’ont, pour leur part, pas manqué de commentaires. « C’est normal khoha ichek fiha. Lebnat hadou yacceptiw ga3 les demandes d’amitié ou yi tchatchiw m3a n’importe qui. Lazem idirou el horma même fi Internet, sinon kach n’har tesra kareitha » (Il est tout à fait normal que son frère doute en sa moralité. Ces filles acceptent toutes les demandes d’ajout à la liste d’amis et parlent avec tout le monde. Il faut qu’elles prennent en considération la notion de l’honneur de famille même en utilisant Internet, sinon un jour ce sera la catastrophe), réagit un jeune étudiant. Entre-temps, les deux filles poursuivent leur débat, mais il était impossible des les entendre, tant le bus est bondé de voyageurs.  Cette situation à laquelle nous avons assisté par pur hasard renseigne sur la tendance de la jeunesse algérienne à insérer les termes des TIC dans leur langage quotidien.

Autre temps, autres mœurs…
C’est avec une grande fierté que les jeunes d’aujourd’hui « brandissent » les concepts des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans leurs discussions. Ils ne semblent pas du tout embarrassés par les remarques de leurs aînés qui les appellent à la nécessité de préserver le langage populaire. « Nous sommes dans une époque où il faut être rapide et efficace. Si nous utilisons le vocabulaire courant dans notre société, il faudrait passer près de deux minutes pour transmettre un message, alors qu’avec les concepts TIC, cela se fait en moins de trente secondes. Et puis la chose la plus importante dans le processus de communication est de faire passer un message. Il y a aussi la mode, car le nouveau langage est de mise dans pratiquement tous les pays du monde. Nous ne voulons pas rester en retard par rapport à l’évolution des technologies », argumentent certains jeunes interrogés sur ce sujet. « N’oubliez pas aussi que nous sommes à l’ère de la globalisation. Il n’y a plus de limites entre les pays et nous, en tant que jeunes Algériens, nous voulons être au diapason des nouvelles mutations enregistrées sur le plan mondial », insiste, Omar, étudiant à l’Institut national du commerce (INC).

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Écrit par itmag2003

There are 2 comments

  • braktia dit :

    bonjour;
    je travail sur un mémoire de fin d’étude ;et mon thème concerne les TIC mais, mon thème parle de l’impact des TIC sur le français écrit des jeunes universitaires (qui étudient le français ) .Alors ,je voudrai bien savoir si ces TIC (tels les sms sur le téléphones portable ou les forums de discussion sur internet); influencent le français écrit des jeunes universitaires ,positivement ou bien négativement et pourquoi dans les deux cas?
    merci

  • samara dit :

    Je suis offusquée d’entendre le langage de ces jeeunes et leur discussions qui n’ont ni queue ni tête. Dire n’importe quoi avec des mots qui n’ont aucune sens sauf peut être dans leur tête est abbérant.

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