L'Essentiel
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Pour une vie meilleure par les technologies par les technologies

Il n’est naturellement pas envisageable de mesurer toutes les conséquences sociales d’un progrès technologique de cette ampleur mais, dans la sphère économique et économico-sociale, on peut discerner -avec prudence et sans prétention d’exhaustivité- plusieurs lignes de forces de changement : l’évolution des modes de travail dans les entreprises, de leurs produits et l’affranchissement des contraintes […]

Il n’est naturellement pas envisageable de mesurer toutes les conséquences sociales d’un progrès technologique de cette ampleur mais, dans la sphère économique et économico-sociale, on peut discerner -avec prudence et sans prétention d’exhaustivité- plusieurs lignes de forces de changement : l’évolution des modes de travail dans les entreprises, de leurs produits et l’affranchissement des contraintes de distance.

L’évolution des modes de travail dans les entreprises

La reconfiguration actuelle de l’organisation du travail en entreprise et les progrès de productivité qui y sont associés sont d’essence différente de ceux de la décennie précédente. Il ne s’agit plus, pour les entreprises, de profiter des seuls apports de l’informatique, mais de tirer toutes les conséquences de sa confluence avec les télécommunications. Ce que l’on qualifie, peut-être improprement, d’économie de l’Internet, a quatre principaux secteurs d’élection : la gestion de la chaîne logistique, les supports de clientèle, la productivité directe des salariés et le commerce électronique entre entreprises.

a – La gestion de la chaîne logistique
La recherche d’avantages compétitifs dans la gestion de la chaîne logistique est un apport direct de la transformation des télécommunications. Informés plus rapidement des besoins de la demande, les industriels cherchent à se mettre en état d’adapter aussi rapidement leur production.
Le croisement des techniques de positionnement et de télécommunication offre alors des possibilités d’accentuer l’efficacité de la chaîne de transport et de livraison des marchandises.
La mise en place de ces flux tendus produit deux types de gain de productivité, l’un sur les coûts de production, l’autre dérivé de la réduction du temps de mise sur le marché.

b – Le support de clientèle
Il s’agit de mettre en place des réseaux où les clients peuvent se connecter directement sur des services d’assistance, leur permettant soit d’apporter eux-mêmes une solution à leur problème, soit de permettre à un opérateur de rectifier à distance les systèmes défaillants.
Naturellement, ce qui est vrai de l’assistance technique l’est également de l’installation. Par exemple, lorsqu’il souhaite contracter un forfait Internet, le client se voit remettre un disque et le soin d’assurer lui-même la charge de cette installation ; sauf à prendre à sa charge les frais de déplacement d’un installateur.
On conçoit assez aisément que la généralisation de ces pratiques entraîne deux types de réductions de frais : celles liées à la diminution des temps de déplacement et d’intervention auprès de la clientèle et celles liées au déport vers celle-ci du coût du temps d’installation ou de réparation.
Pour être tout à fait exact, ce service de clientèle d’un type nouveau est d’abord apparu dans le domaine des produits informatiques et de télécommunication. Mais il se diffuse vers d’autres secteurs, à proportion du déploiement des équipements et des services de la chaîne informatique-télécommunications. En tout état de cause, il est porteur d’avantages de compétitivité tout aussi importants que ceux obtenus sur l’amélioration de la gestion de la chaîne logistique.

C – L’accroissement de la productivité des salariés
Les réseaux d’entreprises et le lien Internet assurent une meilleure circulation de l’information et, le cas échéant, facilitent la formation ; ce qui est source de progrès de la productivité. Cela permet, par exemple, à une multinationale du secteur de l’informatique de n’affecter que 2 à 3 personnes à l’ensemble des déplacements de plusieurs milliers de ses salariés à travers le monde.
D – Le commerce via Internet
Celui-ci consiste à organiser un face-à-face électronique (le «business-to-business») entre les entreprises sur des places de marché virtuelles qui ont, pour la demande, l’avantage de supprimer certains stades d’intermédiation et de proposer un accès immédiat à l’information économique des entreprises sur le coût de leurs fournitures ; et, pour l’offre, celui de diminuer les coûts de démarchage.
Ces marchés permettent, en outre, aux personnes, demandeuses ou offreuses, de s’agréger en vue de bénéficier d’économies d’échelle. Ces marchés sont, enfin, l’un des facteurs de la rationalisation de la chaîne logistique évoquée plus haut. Selon les biens concernés, ces marchés virtuels sont à la source d’économies de l’ordre de 20 à 35% sur les consommations intermédiaires des entreprises.
Cet apport des nouvelles technologies à la gestion de l’entreprise en modifiera les équilibres. D’une part, comme il exige une assez grande rapidité de réponse, sa bonne utilisation repose sur la mise en place d’unités de moyens, plus légères que l’organisation pyramidale traditionnelle, et dotées d’une autonomie de décision. Les études faites sur les gains procurés par le commerce électronique d’entreprise à entreprise montrent qu’une bonne partie de ces gains procède de l’allégement des procédures internes aux entreprises. D’autre part, l’accès direct des salariés à l’information fera probablement évoluer les hiérarchies d’entreprise, dans une proportion et avec des conséquences qu’il est prématuré de mesurer exactement.
Enfin, il n’est pas exclu que les traits dominants de cette nouvelle économie (rapidité de réaction, immédiateté d’accès à l’information, possibilité d’agrégation électronique des offres et des demandes) donne une nouvelle chance aux petites et moyennes entreprises.

L’évolution de la conception des produits : vers les produits-services

Le paradigme du musée imaginaire est assez utile pour visualiser les apports sociaux du progrès technique : il s’agit de juxtaposer dans une pièce les objets quotidiens d’époques différentes ; par exemple, ceux des années 1900, 1930, 1950, etc.
Si l’on se livrait à cet exercice en faisant cohabiter des objets de grande consommation du début des années quatre-vingt et des objets d’aujourd’hui ou qui seront mis sur le marché d’ici cinq à dix ans, on observerait quelques différences morphologiques, mais peu d’évolutions décisives en apparence.
Pourtant, par rapport aux outils de la vie quotidienne, personnelle et professionnelle d’il y a vingt ans, qui matérialisaient les progrès de la miniaturisation des composants électroniques, ceux d’aujourd’hui sont d’essence différente : ils associent à leur fonction principale des possibilités d’ubiquité et d’instantanéité de transmission de l’information, indépendamment de sa forme (voix, image, texte) et de son volume.
Cette transformation n’est pas toujours perceptible parce que ce service est offert de façon encore imparfaite, notamment aux particuliers.
Mais l’important est qu’elle s’accompagne d’une évolution de la destination des objets qui les supportent. De façon croissante, ceux-ci, qu’il s’agisse ou d’un ordinateur ou d’une automobile, autant que des produits de stockage et de traitement de l’information ou de déplacement dans les cas cités, deviennent aussi des produits-services.
Et, de façon progressive, la concurrence s’établira tout autant sur la fonction principale de l’objet que sur sa fonction dérivée de fournisseur et d’intégrateur de services.
Le nouveau logiciel XP de Microsoft est très représentatif de cette nouvelle génération de produits : mode personnalisé d’activation de la base qui permet de vendre directement les actualisations du logiciel, intégration poussée de diverses sources (images, photos, vidéo numérique), aide à distance, possibilité offerte de location de logiciel à la demande, identification sur l’Internet, personnalisation qui permet d’organiser des limites d’utilisation – en particulier pour les enfants, etc.
En quelque sorte, on ne vend plus un système d’exploitation d’ordinateur, mais un système de télécommunication avec le monde extérieur, permettant de travailler, de communiquer et de se distraire. Et un produit qui permet d’en louer d’autres. En d’autres termes, un produit-services.
Mais s’il est assez normal que les produits informatiques soient le creuset de cette évolution vers les produits-services, cette transformation peut être observée dans d’autres secteurs comme l’automobile, ou projetée -mais à plus long terme- dans les nouveaux domaines d’intelligence ambiante.
a – L’automobile
L’industrie est probablement un secteur d’expansion prometteur des nouvelles technologies de télécommunications. Au-delà du fait que l’électronique y représente une part de plus en plus importante, plusieurs catégories de facteurs y concourent :
n la convergence de plusieurs technologies liées à l’informatique et aux télécommunications comme le positionnement, les micro-télécommunications, les interfaces homme-machine et la recherche de l’adaptation des microprocesseurs en milieux thermique et mécanique plus exigeants ;
n la pertinence du modèle tarifaire : les coûts d’achat d’un véhicule automobile sont élevés. Dans ces conditions, l’inclusion, dans le prix d’achat, de systèmes de télécommunications n’aura qu’un effet d’élasticité modeste sur les comportements des acquéreurs.
De même, les coûts d’utilisation de l’automobile étant relativement importants, le prix d’un abonnement à des réseaux de guidage ou d’assistance pourra paraître relativement mesuré.
n la perméabilité d’acquisition des usages : celle-ci découle à la fois de la progressivité de ces acquisitions et d’un effet de démonstration.
Même si la période de cinq ans que l’on comptait, il y a quelques années, du début de la conception d’un véhicule à sa mise sur le marché s’est raccourcie, les progrès dans l’automobile sont introduits par vague, modèle après modèle.
Ce rythme de production facilitera probablement une acquisition, progressive et donc maîtrisée, de l’apport des services de télécommunications. Par là même, il constituera une sûreté pour les industriels qui n’auront pas à procéder à des anticipations aléatoires, reposant sur le degré d’acceptation de ces nouveaux produits.
Par ailleurs, l’automobile est l’un des produits qui fait l’objet de forts comportements de démonstration de la part de ses acquéreurs. Dans un marché où la différence entre les véhicules repose moins qu’auparavant sur la puissance mécanique, le degré d’équipement en systèmes de télécommunications peut constituer un argument d’achat non négligeable.
Les croisements entre l’industrie automobile et les télécommunications s’effectuent dans plusieurs domaines dont les techniques peuvent, le cas échéant, se compléter :
1. les prolongements des techniques de positionnement satellitaire
Déjà dans le rôle qu’ils jouent dans l’automatisation de la chaîne logistique, les systèmes de positionnement permettent également de gérer des flottes de véhicules individuels (parc de location, taxis) et d’apporter une aide à la navigation des particuliers.
On peut distinguer les systèmes de navigation et de guidage qui sont déjà proposés sur des modèles de véhicules en vente, les systèmes de secours et d’assistance -lien avec un réseau de réparation, déclenchement automatique d’un secours à l’occasion d’un choc, qui commencent à être proposés, les systèmes antivol ou anti-perte de clé de contact, les systèmes d’orientation et d’information touristique (emplacement des commerces et des services, localisation et documentation sur les lieux à visiter, etc.).
Il faut bien mesurer l’importance que peut avoir l’abonnement à un service de ce type. Il ne conduit pas seulement à une utilisation linéaire du réseau. Plus l’utilisation de ce service sera répandue, plus, en parallèle, l’offre se constituera.
En particulier de la part des commerçants locaux qui présenteront à une clientèle automobile de passage ou à une clientèle résidente leurs nouveautés ou leurs ventes promotionnelles.
2. les interactions entre les véhicules et une infrastructure pré-positionnée
Ces applications sont variées et dépendent -surtout- du déploiement des infrastructures concernées. On peut mentionner les péages électroniques, les techniques de guidage automatique des véhicules sur certaines portions de route ou d’implantation de véhicules de transports collectifs automobiles sur des voies dédiées, les capteurs de sécurité renvoyant des informations au véhicule sur l’état de route en fonction du climat ou sur sa configuration géométrique… Ces capteurs de sécurité peuvent ainsi avoir une fonction d’alerte anticollision (présence de piétons à un carrefour, etc.).
3. les aides positionnées dans les véhicules
Il s’agit, dans ce cas, soit de systèmes d’alerte permettant de détecter, par exemple, la présence de deux roues à l’avant ou à l’arrière du véhicule, soit de systèmes de pré-maintenance -qui peuvent être couplés avec des systèmes de diagnostic- appelant l’attention sur les détériorations de telle ou telle fonction du véhicule (à titre d’illustration, un capteur de courbure de pneus pourra transmettre en micro-télécommunication une alerte sur l’insuffisance de leur gonflement).
La plupart des systèmes de télécommunication externes et internes évoqués ci-dessus ne sont pas simplement prospectifs mais font l’objet d’études expérimentales dont certaines à grande échelle.

b – Les futurs univers d’intelligence ambiante : l’exemple de la domotique
Le projet en vertu duquel nous pourrons, dans quelques années, transmettre et recevoir des informations à tout moment et sur tout support ne se décline pas uniquement sur les informations traditionnellement transmises (voix, images, fichiers).
Il se projette sur un autre plan. Autour de l’idée qu’à l’avenir -c’est-à-dire à un horizon de 10 à 15 ans- nous vivrons dans un univers d’objets communicants qui nous proposeront des services utiles à notre vie quotidienne et qui deviendront rapidement aussi indispensables que le sont, aujourd’hui, un ordinateur ou une machine à laver le linge.
Comme dans le cas précédemment évoqué de l’automobile, il s’agit d’une évolution vers les produits-services qui pourrait être déterminante pour l’avenir de l’industrie, notamment européenne, alors même que les objets et les services qui y seront associés ne sont pas toujours clairement identifiés. Le marché de la domotique pourrait être l’un des secteurs de cette évolution. Une maison ou un appartement sont à la confluence de plusieurs flux : externes (média, correspondance traditionnelle et informatique avec le voisinage, les autorités administratives, les fournisseurs, flux de biens matériels) ; internes (commande des équipements électroménagers, du chauffage, de l’électricité, etc.).
Le défi de la domotique consiste à unifier ces flux d’informations différents au sein d’un réseau domestique.
Cela suppose la recherche de normes comme celle du «Home Local Network» développée par l’ETSI, à Sophia-Antipolis. Mais également la mise en place d’une plate-forme de télécommunication, qui, d’une part, intégrera tous les équipements domestiques (télévision, ordinateur, lave-linge, système d’alarme, système de surveillance, réceptacles extérieurs pour les livraisons, etc.), en les faisant fonctionner sur un réseau en propre de basse fréquence radio comme celle développée par la norme Bluetooth, et, d’autre part, assurera les rapports d’information, montants et descendants, de ce réseau avec les réseaux communiquant avec le domicile.
Un système de ce type permettrait, par exemple, après avoir commandé des objets ou des aliments, en donnant le code d’une boîte de livraison, de s’assurer à distance qu’ils ont été livrés.
Il autorisera l’arrivée dans les foyers de nouveaux objets comme les réfrigérateurs à écran, qui sont au stade de la pré-commercialisation, et qui incluent une visualisation du contenu dudit frigidaire et de l’état de fraîcheur des aliments, la possibilité d’envoyer et de recevoir du courrier électronique sur un écran situé sur la porte, celle de recevoir des images de ses enfants à la crèche, celle de commander à distance de son bureau d’autres objets électroménagers comme machines à laver la vaisselle ou le linge, d’activer des systèmes d’alarme, etc.
Cependant, la mise en place de cette offre de services s’effectuera progressivement car elle doit s’insérer dans des cycles de renouvellement des équipements -en l’occurrence les appareils électroménagers et, surtout, le logement- qui sont beaucoup plus longs que ceux de l’automobile.

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Écrit par itmag2003

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