L'Essentiel
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Web et télévision… La convergence des médias au bénéfice de l’éducation

Le numérique ou le digital, présent dans notre vie quotidienne et professionnelle, devient de facto essentiel mais pose encore chaque jour des questions et met en doute diverses stratégies pour l’avenir. Et la plus importante pour la vie d’un pays est l’école. Quelle école voulons-nous ? Comment mettre les nouvelles technologies dans les mains de nos […]

Dr Nadia Cherabi, Cineastre et professeur à l'institut de l'information

Le numérique ou le digital, présent dans notre vie quotidienne et professionnelle, devient de facto essentiel mais pose encore chaque jour des questions et met en doute diverses stratégies pour l’avenir. Et la plus importante pour la vie d’un pays est l’école. Quelle école voulons-nous ? Comment mettre les nouvelles technologies dans les mains de nos enfants ; futurs gérants de ce pays ? Un séminaire intitulé « Mutations numériques et télévision : Nouveaux défis pour l’éducatif» s’est tenu à Rabat les 8 et 9 de ce mois. Il a été organisé par le CFI, en présence d’experts et d’éducateurs du Monde arabe

Cet événement s’inscrit dans le cadre du projet régional de coopération « Maarifa », dont la première édition a eu lieu en 2010. Il consiste à accompagner la production et la diffusion de programmes éducatifs interactifs au sein de chaînes de télévision arabes. L’axe important de ce séminaire a porté sur la télévision et les nouveaux médias ainsi que leur implication dans l’éducation de la population. Lors de la première séance; Maria Latifi, directrice de la 4e chaîne du Maroc, affirme de prime abord : « Je m’engage rediffuser les émissions éducatives ‘‘AlifLam’’ prochainement. » Elle va plus loin en disant qu’elle est prête à diffuser des films amateurs. Pour Milad Hanna Dib, de Lagardère Consulting Média Qatar, « un contenu, ça coûte très cher, pas qu’en argent », car les modèles économiques sont très difficiles à trouver. Certains les ont trouvés… et pas d’autres. Par contre, pour Imad Bejani de LearnCurve, « la télévision pour l’éducation n’est pas une télévision quelconque », ajoutant que « c’est comme une expérience d’apprentissage ». Pour lui, « ce sont de nouvelles écritures ». Il rappelle aussi qu’une télévision, c’est une marque mais aussi une audience, une plate-forme de distribution de même que c’est du feedback tout en terminant sur une question fondamentale : « Une télé éducative doit-elle faire de l’audience ? » Pour sa part, Jimmy Ghazal, de Quantum Communication Libannon, souligne que « plus de 350 millions d’individus dans le monde arabe ont envie d’apprendre et de partager leurs connaissances » mais ne trouvent pas de contenu adéquat car « l’école est conservatrice ». Il conclut en affirmant que « le contenu est généré par les utilisateurs -user generated- ». La première problématique soulevée lors de ce séminaire est « la langue arabe qui est unique sur l’ensemble de la zone mais que chaque pays a son propre dialecte ». Néanmoins, cette problématique est réfutée par Shewikar Khalifa de l’ASIFA en avançant le fait que « s’il y a de la vidéo et des images, nous pouvons plaquer n’importe quelle langue ». La seconde a trait à la propriété intellectuelle qui prend place avec « éduquer par l’image : évolution ou révolution », thématique présentée par Youcef Aït Hamou, enseignant-chercheur en linguistique, sémiologie, éducation à l’image et sociologie du cinéma à l’université Cadi Ayyad de Marrakech qui parle « d’exception éducative » pour pouvoir introduire des images et des vidéos dans les cours sans que cela puisse nuire à la propriété intellectuelle. Il dira : « Comment voulez-vous qu’un élève puisse se représenter quelque choses alors qu’il ne l’a pas vu et que ces images existent mais elles sont payantes », et d’ajouter : « Il faut passer outre dans le cadre de l’exception pédagogique. » Et dans ce cadre, « la propriété intellectuelle ne doit plus être un frein ou un blocage », souligne-t-il. Cet enseignant marocain du cinéma vient de lancer un énorme pavé dans un monde divisé.

Djilali Cineastre, auteur, écrivain et spécialiste

Doit-on préserver la propriété intellectuelle et ne pas montrer les images à nos bambins ? Doit-on, pour préserver la propriété intellectuelle, ne pas montrer un opéra ou un orchestre philarmonique ? Doit-on, pour préserver la propriété intellectuelle, ne pas montrer les derniers films ? Ce sont là des questionnements qui se posent dans une planète devenue un village et divise le monde en deux. Ceux qui y voient de l’argent et ceux qui y voient un apprentissage. Youcef Aït Hamou ne discute que de ce qui doit se faire « à l’école » dans un cadre éducationnel tout en ajoutant que « nos enfants doivent apprendre à ‘‘lire’’ les images car l’image n’est pas source d’abrutissement, c’est son usage qui peut être médiocre ». Il conclut sa longue intervention par « l’image numérique doit jouer un rôle important dans l’enseignement et l’éducation ». Pour Gilles Braun du ministère de l’Education nationale en France, ce sont d’autres problématiques qui se posent car, dit-il, « les tablettes tactiles [connectées à Internet, NDLR] arrivent rapidement dans les classes d’école », ce qui pose, d’après lui, « la question d’égalité d’accès à l’image », d’où « l’intérêt de diffuser des programmes éducatifs sur d’autres médias que la télévision ».  Cette réflexion pose crûment le problème des pays nantis et les autres, entre ceux qui ont des tablettes et autres ordinateurs connectés et ceux qui n’en ont pas. Le volet finances revient encore et en force. « Le financement d’un film est un gros obstacle », soulève à ce propos la réalisatrice et représentante de l’APIMED – International Association of Independent Producers of the Mediterranean- Dima Al Joundi qui dit tout haut qu’« on ne peut pas faire de films sans argent. Il faut se battre pour cela ». Tout en ajoutant que « comme le miel n’existe pas sans l’abeille, les films sans argent n’existeront pas ». Pour Dima Al Joundi, la pierre angulaire du développement est le financement.  Djilali Biskri, directeur de Dynamic Art Vision, directeur de projets de 54 contes africains en dessin animé, affirme de son côté que « chaque conte est fait par un réalisateur du pays » alors que « le conte africain est une ressource très importante pour la pédagogie » sans oublier la préservation du patrimoine.
Il axe alors son intervention sur la formation, thème important dans le monde du numérique tout en ayant à l’esprit que « le but de ce projet est de permettre aux jeunes artistes africains de se connaître et de travailler ensemble» tout en permettant « de mieux déchiffrer les codes sociaux ». « L’animation est un formidable vecteur de transmission culturelle », poursuit-il. Au cours de la deuxième journée, les ateliers ont été mis en place et Nadia Cherabi a présenté son expérience dans la conception et la fabrication d’émissions à destination des jeunes. « Sahla Mahla » est une émission faite « par les enfants pour les enfants », souligne-t-elle, lors de sa présentation au cours d’un atelier en disant que « ce sont des approches ludiques pour apprendre autrement ». « Sahla Mahla » est une émission de vulgarisation scientifique diffusée sur l’ENTV avec des thèmes aussi variés que l’est la vie. Ce que nous pouvons comprendre, c’est que les IT sont partout et pas uniquement dans les problèmes de gestion d’entreprise. Cela pose aussi de sérieuses  difficultés à venir car la production du savoir par le numérique bouleverse la pédagogie… d’autant plus que le Web a déjà donné naissance à un très grand nombre de plateformes de vidéos éducatives avec l’apport de l’interactivité. L’apprentissage mais aussi l’école sont en train de changer.
La question est : à quand la mue ? La grande mue se prépare, par bribes, sans plan d’ensemble visible et une nouvelle école s’esquisse.
Le plus visible est la disparition du tableau noir remplacé par un tableau blanc connecté

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Écrit par itmag2003

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