Les raisons d’un report et les conséquences d’une attente

Mais qu’est-ce qui a poussé le ministre à faire cette déclaration, alors que tous les spécialistes avaient perdu espoir de voir l’opérateur historique passer le cap de la privatisation ? De quoi a-t-on peur, sachant que l’entreprise est en très bonne santé financière et concurrence directement les opérateurs privés mobile et fixe déjà installés en Algérie.
Alors que les expériences de privatisation des opérateurs historiques des deux pays voisins, la Tunisie et surtout le Maroc, ont été une réussite, l’Algérie résiste et attend vainement son tour, alors que le marché des perspectives commerciales est saturé et le profit dans le domaine des télécoms est arrivé à son terme. Malgré les propositions alléchantes des opérateurs européens : France télécoms, Télefonica, British Telecom ou encore des opérateurs arabes, à l’image de l’émirati Itisalet, l’Algérie n’a pas décidé de ne pas vendre son opération. En tout cas pas pour l’instant. Aucune raison n’a été donnée par le ministre des PTIC Haïchour et encore moins par ses prédécesseurs, qui ont tous bien caché le secret de ce refus diplomatique qui ne dit pas son nom.
Même si Amar Tou à l’époque, en 2002, avait osé parler d’un pourcentage d’ouverture du capital à 30 %, aujourd’hui le gouvernement algérien ne veut pas vendre AT comme un gâteau et encore moins en portions.
Aucun spécialiste n’a expliqué ce refus de vendre une opération très rentable et qui le sera moins dans quelques années, quand les opérateurs privés auront épuisé leur 15 années de licence et vendu leurs opérations et après avoir pompé le maximum du matelas financier de l’Algérie. Même les partis politiques s’en mêlent, puisque le RCD, dans un communiqué rendu public, ne comprend pas pourquoi le Maroc, qui offre un marché équivalent, a vendu 50 % du capital de Maroc Télécom pour la somme de 1,5 milliard d’euros, soit 2,2 milliards de dollars, au groupe Vivendi avec en prime un siège marocain au conseil d’administration dudit groupe.
Dans la perspective de la privatisation d’Algérie Télécom, qui pourrait intervenir en 2008, les grands opérateurs internationaux se positionnent. Après le P-DG de France Télécom, début décembre 2007, c’est au tour du géant émirati Etisalat de réaffirmer son intérêt pour une prise de participation dans le capital de l’opérateur historique algérien. Dans une déclaration, le 30 décembre 2007 au journal Al-Khaleej, le directeur général des investissements internationaux au sein d’Etisalat a indiqué que l’opérateur envisageait de se porter acquéreur de 51 % du capital d’Algérie Télécom. Selon les observateurs, Etisalat serait le mieux placé pour remporter une éventuelle privatisation d’Algérie Télécom en 2008. Le groupe bénéficie en effet du soutien de l’État des Émirats arabes unis qui entretient de bonnes relations avec l’Algérie.
Un choix d’investissement qui pourrait arranger les Algériens mais également les opérateurs privés déjà installés en Algérie comme OTA et Wataniya, qui préfèrent avoir en face un opérateur arabe émergent qu’un opérateur européen expérimenté, qui prendra le terrain algérien comme un laboratoire d’essai pour ses opérations commerciales européennes agressives.
Le 13 juin 2006 déjà, le numéro un mondial dans le domaine des télécommunications, British Telecom, a présenté une suggestion très intéressante, qui pourrait intéresser un pays qui est jaloux des ses acquis nationaux.
Sa proposition était plutôt très intelligente et prudente, puisqu’il a indiqué qu’il n’était pas nécessaire de privatiser Algérie Télécom mais plutôt de la garder et de la supporter en technique et en technologie. La délégation britannique présidée par le numéro deux du groupe British Telecom, Paul Faulkner, a parlé de la possibilité d’un accompagnement d’un groupe international sur les plans technique et technologique, au lieu de la vendre à un opérateur étranger. Une proposition très bien accueillie par les responsables algériens, mais qui ont tout de même demandé un long temps de réflexion.
En tout état de cause, la privatisation d’Algérie Télécom n’est pas du ressort du ministre des PTIC, ni de celui du chef du Gouvernement, encore moins du choix ou du ressort du P-DG d’Algérie Télecom mais plutôt du président de la République qui a toujours gardé bien jalousement les entreprises nationales en forme de tout risque de dommage extérieur. Il est fort possible que cette opération soit négociée en fin juin, car les plus importantes opérations d’investissement dans le domaine des PTIC ont été signées entre mars et août : 11 juillet pour OTA en 2001, lancement de Nedjma en août et Lacom le 1er mars 2005.
Mais le plus important est que cette opération soit bien négociée et qu’Algérie Télécom s’en tire à bon compte, car l’entreprise est à l’image de cette belle mariée qui attend le prince charmant jusqu’à l’âge limite pour se marier finalement avec le premier venu.

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