Une société de télécoms veut poser un câble sous-marin dans l’Arctique

Le projet était impensable il y a quelques années, mais serait désormais possible en raison de la fonte des glaces arctiques liée au réchauffement : une société de télécommunications américaine ambitionne de poser un câble sous-marin de fibre optique entre Tokyo et Londres via le Passage du Nord-Ouest, dans le Grand Nord canadien.
Le projet «ArcticLink» réduirait de près de moitié le temps de transmission des messages entre la Grande-Bretagne et l’Asie en le faisant passer de 140 à 88 millisecondes, selon la société Kodiak-Kenai Cable, basée à Anchorage (Alaska). Une donnée importante pour le monde de la finance, où les millisecondes peuvent compter pour réaliser des transactions rentables. Le Passage du Nord-Ouest, qui relie l’Atlantique au Pacifique en serpentant entre les îles arctiques du Grand Nord canadien, constitue la route sous-marine la plus courte entre Tokyo et Londres.
Avec le réchauffement, la banquise arctique fond en été. Sa superficie s’est réduite à un niveau record fin 2007 et devrait continuer à reculer, selon les climatologues. «Cela ouvre la possibilité de réaliser ce projet sans avoir besoin de gros brise-glace», souligne Walt Ebell, le PDG de Kodiak-Kenai Cable. «D’un autre côté, il y a une demande croissante pour des délais de transmission de plus en plus courts.»
Mais «ArcticLink» fait encore face à de nombreux obstacles, à commencer par son coût estimé à 1,2 milliard de dollars, selon Alan Mauldin, du cabinet TeleGeography Research, basé à Washington. «Ce n’est pas un projet bon marché», souligne-t-il. Par comparaison, une ligne qui entrera en service le mois prochain entre le Japon et la côte ouest des Etats-Unis a été construite pour un coût de 300 millions de dollars, précise-t-il.
Les concepteurs du projet devront convaincre les sociétés de télécommunications d’acheter une portion de la capacité du câble. Le succès de cette opération-séduction devrait dépendre largement de la demande des entreprises financières pour ce type de service. Mais il n’est pas sûr que cette capacité pourra être vendue à un prix très supérieur à celui du marché actuel, estime M. Mauldin.
Le câble ainsi installé s’étirerait sur une moitié de la planète. Partant du Japon, il emprunterait le Passage du Nord-ouest via le Détroit de Béring, puis rejoindrait la Grande-Bretagne après être passé au sud du Groenland, soit un parcours de plus de 16 000 kilomètres.
Une station de régénération, pour éviter un affaiblissement du signal dû à la longue distance, serait construite sur la côte nord de l’Alaska, probablement dans la baie de Prudhoe. Et des ramifications du câble desserviraient la côte Est des Etats-Unis, permettant des délais de transmission plus rapides entre Tokyo et New York, selon Walt Ebell.
Le câble passerait essentiellement dans les eaux internationales américaines et canadiennes. Kodiak-Kenai Cable et son associée KhaNNet, filiale de Khanjee Holdings, recherchent actuellement des financements pour le projet. Dj.B

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