Entretien avec Tarik Metnani directeur associé de MMC Digital : L’Algérie à l’ère de la communication digitale ?

Tarik Metnani est directeur associé de MMC Digital, agence de marketing interactif. Il est détenteur d’un diplôme DESCDE en design graphique & multimédia à l’Institut européen de design de Toulon (France). Dans cet entretien, il a bien voulu nous expliquer les raisons, l’impact et l’évolution de la communication interactive que son entreprise développe en Algérie.
IT Mag : Pourquoi avoir lancé MMC Digital ?
Tarik Metnani : Pendant plus de 4 ans, nous avions deux cœurs de métier, le e-business avec nos propres services et contenus et la communication interactive où nous développions des projets web & mobile pour nos clients.
En 2009, nous avons pris la décision de séparer les deux activités et de créer MMC Digital en association avec le groupe de communication MMC, constitué en Algérie de l’agence de conseil MMC DDB et l’agence média MMC Média. Notre objectif avec cette association est d’apporter une réponse globale aux besoins de nos clients, ce que l’on appelle en communication une «vision 360».
Actuellement en Algérie, très peu d’agences ont une activité digitale. Ce qui fait notre spécificité, c’est que nous ne considérons pas le média Internet comme une fin en soit, c’est un média qui a ses spécificités et qui s’intègre dans une stratégie globale de communication.

Est-ce que la communication interactive a de l’avenir en Algérie ?

Oui, nous en sommes convaincus et les chiffres le montrent, mais avant de répondre à votre question, je voudrais vous donner quelques chiffres sur Internet en Algérie :
L’on a enregistré 5 000 000 d’utilisateurs en 2009, soit un taux de pénétration de + 13,5 %. Le taux de pénétration du mobile a atteint les 84 %. L’Algérie a rattrapé un retard considérable par rapport à ses voisins et est devenue, en 5 ans, l’un des premiers pays du Maghreb en termes de nombre d’internautes, de taux de pénétration et d’audience web. Des audiences de sites Internet algériens atteignant plus de 200 000 visiteurs uniques. Les prévisions du ministère des Télécommunications e-Algérie 2013 tablent sur le développement des services et contenus avec 57 % de taux de pénétration en 2013, soit 22 millions d’utilisateurs. Ces chiffres sont bien sûr à prendre avec un certain recul, mais ça nous donne une tendance générale.
Depuis quelques années, au niveau mondial, nous parlons de convergence des médias et c’est effectivement ce qui se passe, vous pouvez maintenant voir la télévision, écouter la radio et lire vos journaux sur Internet en utilisant votre ordinateur ou votre mobile. Dans un avenir proche, Internet deviendra probablement le premier média. En France par exemple, en 2008, Internet est passé devant la radio et est devenu le 3e média après la presse et la télévision en termes d’investissements publicitaires (source TNS).
Nous avons les mêmes indicateurs en Algérie, de plus en plus d’annonceurs intègrent Internet dans leurs stratégies, les investissements publicitaires sur Internet (IPI) doublent chaque année depuis 3 ans.

Quels sont l’impact et l’intérêt de la communication interactive pour vos clients ?

Avant tout, l’aspect informatif du Web est prépondérant, il permet plus que tout autre média de développer un discours de marque riche en contenus, et cela grâce à l’interactivité : informations, services, conseils, jeux ludiques, images, vidéo…
L’un des avantages le plus important du Web est qu’il permet une étude et une quantification très précise des actions entreprises et du ROI (retour sur investissement), que ce soit en «pull» ou en «push» : c’est le plus «mesurable» des médias. Cela passe par un ciblage extrêmement précis et par un travail sur la segmentation des cibles (sites Internet, BDD, e-mailing), permettant ainsi d’optimiser l’efficacité de la communication, d’éviter la dispersion et d’optimiser le coût contact.
Existe-t-il des marques qui investissent sur Internet en Algérie ?
Oui, heureusement pour nous, un certain nombre de grandes marques nous ont fait confiance et décidé d’investir sur le média Internet et d’avoir une réelle stratégie interactive. Ces entreprises, qui ont fait ce pari avec nous, sont très satisfaites des résultats des actions entreprises et augmentent considérablement leur budget Web d’année en année.
Cela dit, leur nombre reste très restreint et il faut bien sûr se replacer dans le contexte algérien. Internet se développe et reste pour l’instant un média émergeant. A cela s’ajoutent d’autres problématiques liées aux mentalités, à la connaissance du média, à l’infrastructure, au débit de connexion, au manque de contenus, de sites spécialisés… Mais nous restons positifs sur l’évolution du marché et sont potentiel. Cela fait presque 5 ans que nous travaillons à développer tous ces aspects et nous avons constaté de réelles avancées.
Que pensez-vous de l’évolution du marché en Algérie dans ce secteur ?
L’évolution des NTIC et d’Internet en Algérie est liée à plusieurs facteurs :
– L’infrastructure et les équipements : il faut améliorer les offres d’accès à Internet et les prix, les débits de connexion, l’intégration des NTIC au sein des entreprises…
– Les contenus : une grande partie des internautes algériens vont surfer sur des sites étrangers, c’est une audience qu’il faut récupérer en développant plus de contenus et de services dédiés aux Algériens. Le programme e-Algérie 2013 va dans ce sens, avec en prévision la création de plus de 700 contenus et services, c’est une excellente initiative, même si les objectifs sont un peu ambitieux.
– Les services : ils sont liés en grande partie aux modèles économiques sur le Web. Comme vous le savez, il n’existe pas encore de payement en ligne en Algérie, nous somme persuadés que son lancement fera exploser Internet en Algérie en créant une multitude d’activités et de services et, logiquement, un grand plus pour l’économie : création d’entreprises, emploi, innovation…
– La formation : les NTIC sont basées sur des technologies de pointe qui évoluent rapidement. Pour développer le secteur, il faut des compétences et des ressources mieux formées et mieux intégrées à l’univers de l’entreprise, à tous les niveaux : management, technique, marketing… Cela est en grande partie du ressort de l’Etat, mais aussi des professionnels du secteur. Des initiatives ont vu le jour, mais cela reste insuffisant.
– Le mobile : le développement des services et contenus mobiles sera sûrement l’un des grands challenges de l’Algérie dans le secteur des NTIC, avec plus de 84 % de taux pénétration, le potentiel est énorme.

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