Petits secrets de pirates

Rappelez-vous-en, à une époque pas si lointaine, tout le monde ne jurait que par le patch des récepteurs chez « les rois du satellite ». Des boutiques du satellite érigées un peu partout dans le pays sont devenues le paradis des téléspectateurs en mal d’images satellitaires. Les fanatiques de la télévision à péage s’y ruent dès que leur écran s’habille de noir au lieu de leur livrer les émissions de leurs chaines (cryptées) préférées. Objectif : «patcher» leurs récepteurs pour ouvrir une nouvelle porte dérobée. Histoire de regarder ces chaines au nez et à la barbe des «ayants droit ». Une aubaine pour le pauvre Algérien qui n’a pas les moyens de se payer des cartes de décryptage à coups de centaines de dinars.
Mais les bouquets satellitaires ont contre-attaqué, se basant sur le développement de nouvelles technologies de cryptage toujours plus coriaces. Avec notamment un code qui change quasiment chaque jour, voire chaque heure.
Mais même dans le monde impitoyable de la télévision numérique, « nécessité est mère d’ingéniosité ». C’est dans ces conditions que le sharing est né. En Algérie ou ailleurs, plusieurs offres commerciales ont été rendues publiques, par spamming interposé. Les plus audacieux ont même inséré des annonces dans la presse imprimée nationale. Le tout dans un contexte assez particulier. L’an dernier, Canal + s’apprêtait déjà à faire son entrée dans notre pays, grâce à son bouquet Canal + Maghreb. A noter que les cartes des bouquets de chaines numériques arabes sont déjà présentes sur le marché algérien. Les chevaliers obscurs de l’informatique n’auraient-ils plus le vent en poupe ? Pas tant que ça. Surtout que la tendance est aujourd’hui au « sharing ».
{{Sharing, Dreambox, Cristor et… Internet}}
A la source de ce système, on trouvera des récepteurs-serveurs. Ces derniers intègrent plusieurs lecteurs de cartes dans lesquels sont logées les cartes originales des bouquets de télé numérique à péage. Ce récepteur-serveur est doté d’une interface Ethernet pour qu’il soit relié à un modem, lui-même connecté à Internet. Le propriétaire de ce récepteur-serveur ouvrira l’accès à ses bouquets par login et mot de passe qu’il ne fournira pas forcément au client. A condition que ce dernier paye en avance quelques mois d’abonnement.
Schématiquement, le principe du sharing est basé sur la liaison d’un récepteur numérique (qui coûte entre 2 000 et 3 000 DA) à un ordinateur. « Les plus exigeants opteront pour le Dreambox qui est tombé de 14 000 à 8 000 DA actuellement. Alors que le Cristor, même s’il reste le plus utilisé en dépit de la faiblesse de son processeur et de sa RAM, coûte 7 000 DA », dira Bilal, gérant d’une boutique au centre de Kouba. Ce dernier indiquera que Cristor est le mieux commercialisé au vu de son prix car fabriqué en Algérie par la même marque. « Il y a aussi la marque Rapitron également fabriquée en Algérie dans la localité de Bouchaoui, à Alger, et utilisé pour le même but », a-t-il dit. Mais d’autres marques sont aussi commercialisées comme Ibox, IPbox, Technomat… Autrement dit, Dreambox, le plus utilisé, est cependant doté d’un disque dur interne de 500 Go, qui vous permettra d’enregistrer vos émissions préférées. Mais quelle que soit la solution de décryptage choisie, votre ordinateur doit absolument être connecté à Internet. Le but étant de se brancher sur un récepteur distant, qui jouera le rôle d’un serveur desservant les codes de décryptage des chaines. De ce fait, le client doit donc avoir au minimum une connexion ADSL illimitée 256 Kb/s. Les prix d’un abonnement sharing sont généralement dans une fourchette de 1 000 DA/mois. Alors qu’en Tunisie, par exemple, l’abonné paie entre 10 à 15 DT/mois.
Cette nouvelle solution de décryptage s’est propagée un peu partout dans le pays avec l’existence, évidement, de plusieurs serveurs (CCcam, Gbox..). Selon Bilal, il existe environ 500 propriétaires de serveurs en Algérie et 17 000 revendeurs de serveurs à l’échelle du pays. « Il existe actuellement environ 50 000 abonnés aux serveurs et leur nombre tend à croître tous les jours », a-t-il confié. A Kouba, dans les hauteurs d’Alger, par exemple, deux boutiques proposent cette formule. L’une située au quartier dit « le Calvaire » et l’autre au centre de Kouba. Chacune d’elles compte environ 300 abonnés au bout de quelques mois. L’une propose un abonnement mensuel et l’autre, celle située au Calvaire, opte pour un abonnement trimestriel au même coût de 1 000 DA/mois. « Nous sommes propriétaires du serveur CCcam qui est plus fiable ne connaissant pas de blocage contrairement à d’autres serveurs », dira Nassim. L’abonné bénéficie d’au moins une dizaine de jours d’abattement depuis la date d’expiration de son abonnement. Il faut dire que la Coupe du monde a attiré davantage de clients aux différents serveurs contenant toutes les chaînes de la coupe du monde, y compris JSC +9 +10 HD ET 3D, Skysport… Enfin, il existe aujourd’hui de nombreux systèmes de contrôle d’accès comme Nagra, Viaccess, Irdito, Médiaguard, Videoguard, Sica. Selon Bilal, gérant de la boutique au centre de Kouba, la formule d’accès aux chaînes TV via Internet est « un système illégal qui risque un arrêt par les fournisseurs ».
{{La TNT, pourquoi faire ?}}
L’Algérie se dotera à partir de cette année ou au plus tard l’année prochaine de la Télévision numérique terrestre (TNT). Cet ambitieux projet fait face à un enjeu majeur, à savoir l’enrichissement des programmes et contenus dans la TNT qui représente le challenge que doit soulever l’Etat pour le développement et la réussite du bouleversement de l’analogique vers la TNT, principale préoccupation des participants lors des différents séminaires tenus jusqu’ici à ce sujet.
Dans ce contexte, le directeur du département technique de l’Union européenne radiotélévision, Lieven Vermaele, a suggéré à l’Algérie d’adopter une stratégie pour créer des programmes attrayants, soutenue par un cadre législatif. « Il faut aller vers un contenu local qui soit susceptible d’intéresser le public ».
Créer des chaînes thématiques par exemple, sur le sport, la culture, développer l’économie de la production avec la collaboration de sociétés spécialisées, utiliser différentes langues pour approcher toute la population.
Dans le même ordre d’idées, les pouvoirs publics devraient enrichir le contenu et la qualité des programmes qui doit être revue à la hausse. Il ne sert à rien d’écouter en Dolby Surround les sottises du commentateur de foot sur Canal Algérie où la qualité d’image et le son surtout restent à désirer.
L’on se demande alors franchement quelle est l’utilité de la TNT actuellement. En tout état de cause, il y a un manque à gagner en matière d’idée, de création, d’innovation, de mise en place de programmes. Selon une source proche de la télévision algérienne, il existe un manque d’effectif que les responsables refusent pour l’heure de combler alors que l’environnement et le cadre de travail se dégradent depuis le départ de HHC.
{{
Cartes Al Jazeera, Oumnia…}}
Pour les adeptes des cartes pirates «Oumnia» ou «Abracadabra», ils ont couru le risque de ne pas être de la partie dans ce Mondial 2010, puisque les bouquets Al Jazeera et Canal + étaient en train de migrer vers le Viaccess 4.0, inviolable même avec la nouvelle «Omnia Premium». Le distributeur officiel des cartes du bouquet payant Al Jazeera Sport en Algérie avait d’ailleurs entamé une large opération d’échange des anciennes cartes pour fournir aux abonnés du bouquet de nouvelles cartes compatibles avec la nouvelle norme de cryptage. Al Jazeera Sport a aussi fait une extension jusqu’à Canal +18 et + 19 dans le but d’empêcher tout décryptage de ses programmes. Cette offensive des bouquets payants a eu comme conséquence la chute des prix des cartes pirates. Le prix de la carte «Oumnia» est ainsi passé de 8 000 dinars fin 2009 à seulement 3 500 dinars aujourd’hui, à cause de l’absence de garantie. De nombreux responsables de magasins spécialisés dans le numérique refusent même de vendre cette carte pirate. La fin de la guerre entre les bouquets payants et les pirates n’est toutefois pas pour demain. Les sites pirates préparent une contre-attaque pour décrypter le Viaccess 4.0. Les pirates travaillent jour et nuit pour trouver les failles techniques de ce système de cryptage. Une nouvelle carte évolutive capable de déchiffrer le nouveau système de cryptage sera prochainement commercialisée sur le marché algérien, annonce-t-on dans les sites spécialisés dans le piratage.

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