Aucune marque n’y échappe : Sétif, la Mecque de la contrefaçon électronique

Au « Debder », endroit désigné par les habitués de ce marché, on y trouve de tout car avec le temps, cet endroit est devenu le sanctuaire du téléphone
La contrefaçon est un fléau mondial qui touche tous les compartiments de la vie économique. Elle est présente dans tout ce qui nous entoure comme produits de tous genres. Elle offre aussi bien des avantages que des problèmes sur le court et le moyen terme. Pourquoi contrefaire ? Pour quelle raison on se procure les contrefaçons ? Est-ce un besoin d’identification à une marque ? Est-ce un besoin de faire semblant d’appartenir à une classe sociale bien déterminée ? Ainsi, à Sétif et ses marchés « improvisés » et « spécialisés » dans le domaine de l’électronique, la téléphonie en tout genre et notamment le piratage des œuvres audiovisuelles et cinématographiques prospèrent redoutablement et ce, au su et au vu des instances ayant pour charge l’expertise de ces produits, qui malheureusement échappent à tout contrôle. Des produits qui connaissent un franc succès auprès du consommateur vu leur prix accessible.
Au « Debder », endroit désigné par les habitués de ce marché, on y trouve de tout car avec le temps, cet endroit est devenu le sanctuaire du téléphone. De la grande marque à la plus modeste. « Les prix exorbitants des marques prestigieuses, Eh bien Eli ma Andouch ma yelzmouch [celui qui n’a pas les moyens n’a pas besoin de tels produits] », nous a affirmé Salim, l’un des plus anciens vendeurs des appareils de téléphones cellulaires contrefaits.
A Sétif, cette wilaya qui se veut être un pôle économique dans diverses spécialités et un relais important vu sa position géographique, le marché du téléphone contrefait prospère d’une manière fulgurante
Des jeunes très dégourdis portent des caisses vitrées en guise de vitrines dans lesquelles sont disposés une vingtaine de téléphones portables différents. Des portables avec double ou triple puces, double batteries, double cartes mémoires, écran tactile extra large, antenne pour regarder la télévision en direct, torche pour éclairer toute une pièce, connexion sans fil, le tout à moins de dix mille dinars. Et dire que vu le marché florissant, la contrefaçon capte plus de clients.
Car certes, les prix des téléphones «copiés» ou dits «made in Taiwan» sont très bas, la qualité aussi surtout par rapport aux téléphones de grandes marques. Mais lorsqu’on fait une comparaison, on constate que l’écart de prix n’est pas très important. Autrement dit, le prix d’un téléphone d’origine et celui de la contrefaçon est presque identique.
Approchés, certains clients sont conscients de ce qu’ils achètent. Aucun des vendeurs ne cache la provenance de ses portables, ils savent qu’il n’y a pas de garantie, ils savent aussi qu’ils ne pourront jamais avoir l’équivalent chez les distributeurs des vraies marques
Interrogé sur ce sujet, M. Khaled  Smaïl, enseignant en sociologie à l’université de Sétif, nous a répondu que « contrairement à notre pays, les consommateurs en Europe ont eu recours aux produits libres, sans marque pour dire non à l’emprise stupéfiante des marques sur les esprits. La marque est aussi un critère d’appartenance sociale, regardez certains gens, ils se procurent des produits de tous genres seulement parce qu’ils portent telle ou telle marque alors qu’ils n’ont pas vraiment besoin de ce produit. L’astuce est que le fabricant vend un produit, alors que le consommateur achète une marque ».
D’autre part, l’ouverture du marché local aux importateurs et investisseurs locaux et étrangers est à l’origine de cet engouement des Algériens notamment pour le téléphone mobile. Aujourd’hui, tout le monde a son téléphone portable, même les enfants. Cependant, il ne faut pas oublier le prix de cet outil de communication, car pour l’acquérir, l’Algérien doit débourser une somme allant de 3 000 à 30 000 DA et ce, sans parler des accessoires et autres charges pour les marques dites « originales », alors qu’en parallèle, ces modèles contrefaits, soi-disant « mkhardine » (contrefaits ou fragiles) se vendent à des sommes à la portée des clients. Ces derniers et, après un moment, se disent souvent satisfaits.

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