La seconde partie de l’atelier consacrée aux modèles économiques et techniques : Education nationale : cap sur 2014

La question de l’intégration des TIC a été abordée sous toutes ses coutures lors de cette seconde et dernière journée de ce workshop. Tous les aspects ont été passés en revue, ne demeure maintenant que la mise en pratique d’une politique ambitieuse de massification des TIC dans l’éducation nationale
Seconde journée des ateliers dédiés à l’introduction des TIC dans le système éducatif national. Pour le rappeler, ces workshop ont été conjointement organisés par le ministère de l’Education nationale et par celui de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication, avec la participation des responsables de la firme Intel, en la qualité de M. Bibi Triki, responsable du « Business Management » et représentant d’Intel Algérie, M. Khaled Adas, responsable d’Intel au royaume d’Arabie saoudite et, enfin, M. Frederico Carvalho, directeur des solutions d’Intel World Ahead au niveau de la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique (EMEA).
Cette journée a été essentiellement dédiée à la présentation des divers modèles d’utilisation des TIC au niveau de l’éducation, la démonstration de plusieurs expériences réalisées sur le plan mondial ainsi que la proposition et la démonstration de plusieurs approches techniques et systémiques par les représentants d’Intel pour le cas de l’Algérie.
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Les principales questions abordées lors de ce dernier workshop ont un rapport direct avec les « solutions » concrètes que pouvait proposer Intel pour « conduire le changement » dans le secteur de l’éducation nationale, ce « changement » tant voulu et répété par les innombrables déclarations des représentants du ministère de l’Education nationale, lui-même la traduction de la volonté émanant directement du plus au sommet de l’Etat, en la personne du président de la République, Abdelaziz Bouteflika.
Intel à la « rescousse »
La matinée de cette seconde journée fut marquée par les interventions de  M. Carvalho et de M. Khaled Adas. Le premier a énuméré l’ensemble des programmes et des dispositifs techniques qui peuvent être mis en place pour constituer une e-classe, tout en rappelant l’expérience de l’entreprise dans plusieurs pays du monde où elle active dans le domaine de l’enseignement et de l’éducation. Il a rappelé l’importance de l’aspect technique du e-learnig qui consiste à équiper l’ensemble des professeurs et des élèves par des ordinateurs personnels, l’introduction de nouveaux programmes et de nouvelles pédagogies adaptés à ce nouveau type d’usage et, enfin, le point le plus important que M. Carvalho eut à aborder, les « impacts » de l’intégration des TIC dans l’éducation, qui se manifestent, selon lui, par un enrichissement de la qualité d’utilisation de ces technologies, l’augmentation de la qualité de l’enseignement et du rendement des professeurs et, plus important, la qualité d’assimilation et de la maximisation de l’utilisation de ces technologies par les élèves, ce qui permet à ces derniers de devenir non un simple réceptacle d’informations mais des créateurs et des producteurs de savoir et de connaissance.
M. Carvalho a développé en détail les différents aspects techniques et pédagogiques de l’introduction des TIC dans l’éducation, en présentant à l’assistance des schémas, des expériences et des « solutions » exploitées dans différents recoins du monde. Il a précisé que l’utilisation des TIC dans l’enseignement et l’éducation et leur réussite dépendent entièrement de l’accélération de l’accessibilité aux nouvelles technologies, d’une part, et  d’un renforcement et de la focalisation des efforts sur la formation de l’ensemble des acteurs, en première ligne les enseignants, d’une autre part. Premier élément apporté par le responsable d’Intel dans la mise en place d’une stratégie de e-learning, le programme Intel Teach. Initialement, Intel Teach permet aux professeurs de se former aux usages des TIC et à la manière dont ils peuvent les utiliser et en tirer bénéfice au quotidien, comme la planification des cours, la répartition et la dispense des leçons, etc. En prenant plusieurs cas de figure, et selon différents pays, le programme Intel Teach a déjà formé plus de 7 millions de professeurs de par le monde, a précisé M. Carvalho.
Le responsable d’Intel a abordé un autre point clé dans la mise en place d’une stratégie e-learning, c’est l’importance de la notion de ratio « ordinateur par élève » à l’ensemble d’un pays, d’une région ou au sein d’une catégorie bien spécifique. Ce ratio est déterminant car, selon M. Carvalho, « de lui découle la mise en place d’un programme d’intégration des TIC dans le système éducatif. Voulons-nous une approche basique, c’est-à-dire l’acquisition d’informations par les élèves, pour ce cas-là, une solution basée sur le modèle PC Lab est appropriée. Voudrions-nous avoir un approfondissement des connaissances et du savoir, la solution Computer on the wheels ou Mobile Lab (COW) est la solution à prendre et enfin le dernier modèle d’intégration des TIC, qui est le modèle 1:1 e-Learning, qui représente le dernier palier, celui qui transforme les élèves et la nature même du rapport qu’ont ces derniers avec le savoir, c’est-à-dire la métamorphose des élèves en producteurs et en créateurs de savoir et non en de simple vases contenant du savoir ». Le PC Lab est la configuration basique pour intégrer les TIC dans un établissement scolaire. Cette solution consiste à réserver un espace informatique dans l’enceinte de l’école, où des machines du bureau fixe sont mises à la disposition des professeurs et des élèves. Cette configuration permet simplement d’avoir accès à l’information et à l’informatique car le ratio élève par PC est de 15:1, voire plus dans certains cas. Viennent  après les Computer on the Wheels (COW), ou plus concrètement les ordinateurs mobiles. On la retrouve dans beaucoup de pays et offre l’avantage d’avoir dans chaque classe un nombre important d’ordinateurs portables utilisables pour chaque élève, le nombre de machines pouvant varier de 20 à 30 ou plus. On les appelle COW parce qu’ils sont disposés dans des cabines de stockage et de recharge, qui font aussi office de point d’accès au réseau sans-fil WiFi, et à la fin de chaque cours, ces cabines elles-mêmes peuvent être déplacées d’une classe à une autre, ce qui leur donne un avantage considérable sur les PC Labs et permet leur partage par le plus grand nombre. Les COW ont l’avantage de permettre une plus grande accessibilité  et une plus dense fréquence d’utilisation des TIC par les élèves et enfin plus d’interaction entre les élèves et leur professeur, ce qui va améliorer leur qualité d’apprentissage et de travail. Le modèle vers lequel les gouvernements, les responsables de l’éducation aspirent atteindre dans un avenir proche est celui du 1:1 e-Learning. M. Carvalho a clairement annoncé que le futur du e-learning, c’est le 1:1 e-Learning car, d’après lui, cette configuration est le summum de l’intégration des TIC dans l’éducation. C’est celle qui permet une « personnalisation de l’enseignement et de l’apprentissage ». C’est également elle qui va permettre d’avoir des « élèves producteurs de savoir ». Pour M. Carvalho, intégrer le 1:1 e-Learning est la plus importante étape qui va permettre de créer un écosystème de l’éducation où convergent l’ensemble des acteurs de l’éducation, les professeurs, les élèves, les institutions et les responsables de l’éducation, les parents d’élèves, les entreprises et enfin les décideurs politiques, dans ce qu’il a appelé l’« Education Cloud ». M. Carvalho a poursuivi son intervention sur l’importance du ratio « élève – machine ». Pour illustrer quelques moyennes mondiales des ratios du 1:1 e-Learning, M. Carvalho a donné l’exemple du ratio au niveau des pays de l’OCDE qui se situe à 1:5 pour l’année 2010. Il a cité l’exemple de l’Australie, de l’Indonésie et surtout il a affiché le taux exceptionnel du « Portugal qui arrive lui au seuil du 1:1 e-learnig », c’est-à-dire un niveau d’accessibilité qui avoisine les 99%. « Le Portugal est l’un des pays européens qui a entamé la refonte de son système d’éducation depuis 2008, en adoptant le choix d’introduire massivement les TIC dans son système éducatif et en basant sa stratégie d’avenir sur l’économie du savoir, et le besoin vitale des compétences du XXIe siècle. Elles seules sont capables de relever les défis du futur et elles seules permettront la croissance et le développement économiques du pays », argue-t-il.
Quel modèle pour l’Algérie ?
Il a inlassablement insisté sur l’importance de l’intégration des TIC dans l’éducation. Il a précisé que différentes configurations peuvent être adoptées par l’Algérie pour arriver à ces objectifs en termes de e-learning. D’ailleurs, Intel propose différentes méthodes d’intégration, et ce qui le plus important, l’entreprise assistera le gouvernement dans le choix des modes de financement pour un projet de cette envergure. M. Carvalho a utilisé les termes « motivation », « stratégie », « vision », « objectif » pour exprimer la nécessité pour le gouvernement et les ministères concernés par ce « changement » de l’éducation par et à travers les TIC d’avoir une stratégie précise et définie en amont pour la réussite d’un projet e-learning. Pour sa part, prenant la parole, M. Khaled Adas a soulevé un point très important dans la mise en place d’une solution e-learning, c’est l’évaluation de tout le processus. Selon M. Adas, la notion d’évaluation est une qualité primordiale pour tout projet. Elle doit être prise en compte avant le lancement de n’importe quelle solution, en s’adressant particulièrement aux différents officiels présents dans la salle. « La création d’une commission ou d’un organisme indépendant, impartial et neutre se chargeant de l’analyse et de l’évaluation de toute initiative doit être considérée dès maintenant. » Mesurer l’impact des TIC sur l’éducation est une nécessité. Cette évaluation permettra de savoir dans quelle phase le projet se situe et quels objectifs aspire-t-il atteindre. Enfin, l’évaluation permet de détecter l’ensemble des problèmes qui peuvent surgir au cours de la mise en place de  la solution e-learning. Selon M. Adas, Intel dispose de nombreux outils (logiciel, framework) gratuits et payants pour évaluer tout programme de e-learning et d’intégration des TIC dans l’éducation. Ces outils embrassent l’ensemble des points susceptibles d’être mesurés, comme l’impact réel des programmes (contenu) sur le résultat des élèves ou tout simplement permettre aux enseignants de voir quelles sont les méthodes pédagogiques appropriées pour enseigner.
Tout a un prix…
La deuxième partie de l’atelier a été l’occasion d’aborder l’aspect financier à prendre en considération avant la mise en place d’une stratégie de e-learning. Elle fut aussi une série de propositions concrètes faites par M. Bibi-Triki en ce qui concerne la « conduite du changement » dans le secteur de l’éducation en Algérie. Enfin, la dernière séance fut un moment d’échange et de participation entre l’assistance présente et les responsables de la firme Intel.
Pour les questions de financement, les représentants d’Intel ont montré plusieurs projets menés au quatre coins de la planète par l’ensemble des pays qui ont adopté l’intégration des TIC dans leurs systèmes éducatifs, de l’Argentine à l’Indonésie en passant par la Chine, le Royaume-Uni ou plus proche de nous, le Maroc. Pour chaque projet présenté, un système de financement a été privilégié ou a été conçu par ces gouvernements. M. Carvalho a parlé de deux situations extrêmes dans le financement de ce type de projet, la première situation, c’est celle où l’Etat prend en charge l’ensemble du financement, c’est-à-dire l’Etat subventionne à 100% les achats, l’installation et la mise en oeuvre d’une stratégie e-learning globale. La seconde situation correspond au fait que l’Etat incombe à ses concitoyens l’achat du matériel, le payement de sa mise en service, etc. Pour M. Carvalho, les deux types de financement ne favorisent pas l’augmentation de l’introduction des TIC dans la société et plus particulièrement dans l’éducation, car les coûts sont faramineux et les résultats ne sont pas toujours à la hauteur de l’argent investi, en termes de qualité d’usage ou en termes d’accessibilité. M. Carvalho préconise un mode de financement qui intègre l’ensemble des acteurs économiques par exemple ainsi que d’autres sources de financement tels que les programmes d’aides internationaux, les différents fonds publics ou privés, etc.
Des pistes concrètes ont été suggérées par M. Bibi-Triki dans l’élaboration d’une stratégie d’intégration des TIC dans l’éducation en Algérie, parmi elles la mise en place au préalable d’un « projet pilote » qui se traduit par la constitution d’un échantillon d’établissements représentatifs et de commencer par y introduire des TIC, de former le personnel enseignant, d’encourager l’ensemble des responsables de ces établissements à insuffler cette volonté de « changement » avant de procéder à une vaste stratégie nationale, car le secteur de l’éducation en Algérie, ce sont plus de 8 millions d’élèves tous niveaux confondus et l’ensemble du secteur représente 14 millions d’acteurs. Une stratégie de e-learning demande du temps, de l’argent et surtout une réelle politique bien définie de mise en place d’un tel projet.
Enfin, l’atelier s’est clôturé par une série d’échanges entre l’ensemble des participants. Cet échange a eu la forme d’une série de questions-réponses relatives à la mise en place d’une stratégie e-learning en Algérie, en essayant de déterminer les motivations, les priorités et enfin les difficultés à sa mise en place. Tout le monde s’est accordé à dire que les TIC dans l’éducation en Algérie, c’est « former et développer les [compétences] générations du XXIe siècle qui bâtiront l’économie nationale par l’économie du savoir pour faire face à l’après-pétrole ». La première des priorités, c’est de « former et d’équiper les professeurs et les enseignants » sachant que les difficultés se situent dans « la motivation à mener à terme cette stratégie, aux infrastructures et ainsi qu’à l’accessibilité [financièrement] des TIC».S. M.

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