Rod Beckstrom, président-directeur général de l’ICANN, à IT MAG : « L’ICANN ne peut pas imposer l’IPv6 »

Réunion sur réunion, les rapports d’activité ne cessent de pleuvoir relatant les dernières activités de l’ICANN : nouveaux gTLDs, accélération du processus de migration vers l’IPv6, relations et coordination avec les RIR. Le CEO de l’ICANN, M. Rod Beckstrom, nous en parle dans cet entretien.
IT MAG : Jusqu’au 30 septembre 2009, l’ICANN était contractuellement liée au département du Commerce américain. Depuis cette date, l’ICANN est-elle encore sous l’autorité du gouvernement américain ou  est-elle devenue parfaitement indépendante ?
Rod Beckstrom : L’«Affirmation of Commitments» (AOC), qui est entré en vigueur l’an dernier, ne donne pas seulement à l’ICANN un cadre d’action mais établit aussi notre transparence et la responsabilité de l’ensemble de la communauté mondiale.
L’engagement stipule que l’ICANN est responsable vis-à-vis de tous et pas seulement du gouvernement américain.
Plaidez-vous vous-même pour l’indépendance de cette organisation ou sa mise sous tutelle directe de l’ONU ou de l’une de ses autres entités ?
Le fonctionnement de l’ICANN est défini par sa communauté mondiale, qui discute et débat des politiques et c’est un conseil d’administration d’envergure internationale qui prend ou valide les décisions finales. Puis c’est au personnel de l’organisation de les mettre en œuvre. Notre communauté comprend les gouvernements, le secteur privé et la société civile et prend des décisions de façon collégiale. L’ICANN est un organisme privé, organisme sans but lucratif destiné à servir 2 milliards d’utilisateurs d’Internet. En fin de compte, l’ICANN est régie par sa communauté.
Vous étiez récemment à la dernière réunion de l’ICANN de l’année 2010, qui a lieu à Carthagène, en Colombie. Entre autres ordres du jour, la création des nouveaux gTLDs ; qui verra à cette occasion l’adoption de la version définitive du « Manuel du candidat » (Applicant Guidebook). Quels sont les résultats de cette rencontre ?
Ce fut une grande rencontre où beaucoup a été accompli en ce qui concerne les nouveaux gTLDs. L’un des principaux résultats est que le conseil de l’ICANN se réunira en février avec le Comité consultatif gouvernemental (GAC) pour discuter de certaines questions d’intérêt pour certains membres. Cela aidera à résoudre quelques problèmes restants avant l’adoption finale du « Manuel du candidat ».
Peter Sunde, cofondateur de The Pirate Bay, ambitionne de créer un système de noms de domaine « alternatif » et décentralisé reposant sur la technologie P2P. Qu’en pensez-vous ?
L’Internet que nous connaissons aujourd’hui est déjà un réseau des réseaux qui a bénéficié de l’innovation tout au long de son développement. C’est toute notre communauté qui décidera de la direction à prendre mais sachez que nous nous consacrons à un seul « système pour un seul Internet », qui a déjà apporté d’énormes innovations et offert d’innombrables opportunités aux individus de par le monde.
S’il s’avère que cette « alternative » est meilleure, allez-vous vous positionner pour son adoption ?
Ni moi-même ni l’ICANN ne pouvons nous positionner. C’est notre communauté seule qui prendra la décision adéquate si jamais la question vient à se poser.
Depuis 2009-2010, des adresses Web rédigées avec des caractères arabes, chinois, coréens ou japonais peuvent être enregistrées. De même, de nouveaux gTLD sont possibles. Combien de demandes de nouveaux ccTLD et de gTLD l’ICANN a-t-elle reçues et combien en a-t-elle accordées ?
Déjà douze pays ont leurs chaînes IDN (Internet Domain Name) dans la racine d’Internet, et davantage sont en voie de l’obtenir. Le processus de demandes pour les TLD génériques n’est pas encore ouvert. Si tout va bien, ceux-ci deviendront disponibles dans un avenir très proche.
Le continent africain est sous-représenté au conseil d’administration de l’ICANN et jamais un président de l’ICANN n’en est originaire. Qu’en pensez-vous ?
Le conseil d’administration de l’ICANN compte 15 membres votants et les cinq régions sont également représentées. Pour le moment, nous avons trois pays africains membres du conseil originaires de la Gambie, d’Afrique du Sud et d’Egypte. Les membres du conseil se concertent entre eux et, par consensus général, finissent par choisir leur président. D’ailleurs, l’ICANN encourage et appuie la participation et l’implication de l’Afrique et des régions en développement et nous serons heureux de voir plus de gens de ces régions dans toutes nos structures et tous nos processus.
L’épuisement des adresses formulées en IPv4 publiques étant imminent, comment l’ICANN compte-t-elle « forcer » le passage à l’IPv6 ? Existe-t-il un calendrier et si oui, quelles en sont les échéances ?
Sur la question des adresses IP, l’ICANN travaille étroitement avec les Regional Internet Registries (RIR – organisme qui alloue les blocs d’adresses IP dans sa zone d’intervention géographique, NDLR). L’ICANN attribue de grands blocs d’adresses IP aux RIR qu’ils distribuent à leurs communautés via les politiques régionales que les communautés elles-mêmes mettent au point. Ceci est fait dans un processus très ouvert de telle sorte que tous peuvent participer. Au vu des processus, l’ICANN ne peut pas imposer quoi que ce soit par la force. Nous pouvons recommander l’adoption de l’IPv6. Tous les RIR ont exhorté leurs communautés respectives à l’adopter IPv6. Je sais que dans la région de l’Afrique, l’AfriNIC organise des formations et des rencontres où il sensibilise les organismes à adopter massivement l’IPv6. De même, il n’existe pas de date limite ni même qu’Internet va cesser parce qu’à un certain moment nous serons à court d’adresses IPv4. A ce moment, il sera simplement plus difficile d’avoir davantage de services, appareils ou autres capables de s’interconnecter si nous n’utilisons pas l’IPv6.
Comment voyez-vous Internet dans un futur proche ?
Une chose dont je suis sûr… c’est qu’Internet sera plus accessible à des milliards d’individus qui, jusque-là, n’y avaient pas accès. Quand je regarde l’Afrique, la région aura des téraoctets de large bande passante à sa disposition d’ici à la fin de 2011. Ce qui lui permettra de mettre plus de services en ligne et de connecter plus de dispositifs. Donc plus de gens du continent seront connectés, ce qui aidera et contribuera à leur favoriser une meilleure vie économique et sociale.

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