Ses répercussions s’entendent jusqu’aux internautes algériens L’affaire Megaupload loin de laisser indifférent

Suivant la logique qui a conduit à l’arrêt de Megaupload, Wikipédia ou encore Youtube devraient-ils répondre alors à leur tour du chef d’accusation de « partage » ?
Côté utilisateurs, mordus de streaming et obsédés du « direct download »; il faut croire que c’était trop beau pour être encore vrai ! Côté « ayants droit », il n’en était que temps qu’un terme soit mis à l’une des plus grosses, sinon la seule plate-forme d’échange de contenus en ligne. Sous le coup des chefs d’inculpation de conspiration en vue de commettre des actes de racket, d’infraction à la propriété intellectuelle, d’enrichissement illégal et de blanchiment d’argent, la plate-forme Megaupload, donc son propriétaire, risque très gros si le jury constitué pour la circonstance confirme les accusations énoncées. Au stade actuel, Megaupload ainsi que tous ses serveurs ont été mis « sous-scellés et déconnectés » aux Etats-Unis, aux Pays-Bas et au Canada et un acte d’accusation a été rédigé selon lequel « Kim DotCom [de son vrai nom Kim Schmitz], de Megaupload Limited, Vestor Limited, Finnbatato, Julius Bencko, Sven Echternach, Mathias Ortmann, Andrusnomm et Bram van der Kolk, les accusés, et d’autres connus et inconnus du grand jury, étaient membres d’une organisation criminelle d’envergure internationale responsable d’infraction de copyright et de blanchiment d’argent pour un préjudice massif causé aux ayants droit estimé à plus de 500 millions de dollars et des revenus générés de l’ordre de 175 millions de dollars ». Au-delà de la fortune amassée grâce à son activité d’« hébergement de contenus [vidéos principalement] » et ce qu’il en a fait, le propriétaire de Megaupload ainsi que ses acolytes de par le monde risquent jusqu’à 50 ans d’emprisonnement, peine maximale prévue dans ce cas.
L’acte d’accusation en question revient sur l’infraction en décrivant un procédé conçu dans le but de « promouvoir, auprès de millions d’utilisateurs, la mise en ligne et le téléchargement des plus populaires contenus sous copyright ». L’affaire est en cours mais pendant ce temps, par-delà ce qui se passe en terre américaine, ici, en Algérie, on se sent on ne peut plus concernés. « Franchement je me demande à quoi je vais passer mon temps sur Internet. » Premier commentaire d’un jeune Algérois qui lui-même a beaucoup contribué à la mise en ligne de films, séries, vidéos… sur la plate-forme Megaupload. Il y possédait un compte et y mettait systématiquement tout ce qu’il téléchargeait depuis les torrents et le p2p, « quand les serveurs de partage étaient très actifs ». Les histoires de copyright ne l’émeuvent pourtant que très peu. « Sincèrement, je n’y ai jamais réfléchi et je ne saurais vous dire ce que j’en pense réellement. Je sais seulement que je ne paierai jamais ce qui coûte le quart d’un salaire ici en Algérie. » Une piste intéressante et qui pourrait se défendre chez la majorité des utilisateurs. Néanmoins, en la matière, aucun précédent en Algérie n’a réellement fait d’émules si ce n’est les rares opérations « coups-de-poings » de nos organismes de protection des droits d’auteur durant lesquelles des saisies de copies illégales avaient été opérées. « J’avoue que c’est une catastrophe, c’est fou le temps que je passais sur Megaupload. Il est vrai qu’il existe encore d’autres plates-formes du genre mais Megaupload était la meilleure », estime Oussama S., loin d’être le seul « désorienté ». « Je suis dans le désarroi. Je ne regarde presque plus la télé ; alors tout ce qui se partageait sur Megaupload me servait bien. » Ce qui est en revanche révélateur d’un état d’esprit généralisé, de tous ceux sollicités pour donner leur sentiment sur ce qui se passe dans la sphère du Net, aucun n’a fait preuve de compréhension ni affiché la moindre sympathie aux ayants droit. « Mon problème, c’est de trouver comment occuper mes soirées.
On me parle de RuTube, de VideoBB ou encore de PureVideo, mais aucun de ces sites ne vaut Megaupload. » Avec une pointe d’amertume non dénuée d’humour, Réda D. est très incisif : « Les pauvres sont en deuil ! » Nos concitoyens n’utilisent-ils Internet que pour télécharger ou voir du contenu en vidéo ? C’est presque ça ! Mais l’enjeu réel n’est-il pas tant « que faire sur Internet » que « comment le faire ». Ce qu’il convient d’appeler désormais l’affaire Megaupload lève le voile sur la complexité d’identifier Internet comme instrument de partage qui, une fois face à la réalité de l’argent, bénéficie aux uns et se ferme aux autres. En réalité, respect des droits d’auteur ou partage, tout dépend où l’on se place.

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