Entretien avec le Dr Sidi Mohamed Benslimane, chercheur au EEDIS de l’université de Sidi Bel Abbès « Nous soumettrons notre projet de biométrie pour validation en septembre »

Comment considérez-vous la relation entre recherche scientifique et secteur économique ?
C’est une problématique qui a connu un début de résolution depuis 2008 ; date de la mise en place du nouveau statut de la recherche à travers lequel nous essayons de rapprocher l’université des secteurs socioéconomiques. Il existe plus de facilités à monter des projets de recherche dont les résultats sont concrétisés sous forme de produits qu’on pourrait commercialiser ou de brevets. A titre d’exemple ; à l’université de Sidi Bel Abbès, nous avons entrepris de bâtir des projets sur des situations concrètes. Je vous cite le cas de la SNTF, au niveau local, pour le compte de laquelle nous travaillons sur l’intégration de leur système d’information à un niveau national.
ITMAG: Comment est organisé ce projet ?
Dr Sidi Mohamed Benslimane :Ce projet est financé par le ministère de l’Enseignement supérieur dans lequel interviennent des doctorants et des post-gradués. Il existe aussi des parties, certains modules, qui sont faits par des étudiants en graduation. Tout ce qui a trait à la théorie et à la conception revient aux doctorants et aux étudiants en magistère pendant que le développement ainsi que la validation des prototypes sont confiés aux ingénieurs.
C’est le seul projet du laboratoire ?
Un autre projet, en collaboration avec une autre organisation de souveraineté, est en cours actuellement. Pour les besoins d’une nouvelle direction que l’institution installe dans la wilaya, l’université de Sidi Bel Abbès a été sollicitée pour traiter l’aspect sécurité des données. Le département d’électronique de l’université s’occupe de la partie télécommunications du projet alors que le laboratoire informatique (EEDIS – Evotionary Engineering and Distributed Information Systems Laboratory) assurera la partie liée à la sécurité. Ce projet appelle à la collaboration de plusieurs laboratoires de recherche afin de le mettre sur pied. Nous avons un très bon noyau qui travaille sur l’intégration des systèmes d’information au niveau des entreprises. C’est un besoin très souvent ressenti et exprimé par les entreprises alors nous tentons d’intégrer les systèmes d’information avec des plates-formes et des technologies nouvelles, comme les applications orientées Web, les architectures nouvelles, ce qu’on appelle les architectures orientées services ou SOA (Services-Oriented Architecture), dont l’intérêt réside dans la facilité de réutilisation, la portabilité des applications, qu’on peut implémenter et réutiliser également sur n’importe quelle plate-forme ; leur modularité?  Il existe un autre projet de recherche, en collaboration cette fois-ci avec les collectivités locales, qui concerne la biométrie. L’idée est partie d’une collaboration avec la daïra de Sidi Bel Abbès dans le cadre du passeport biométrique. Actuellement, le projet est en cours de finalisation, et nous sommes très attentifs aux besoins exacts exprimés par la daïra et ce qu’elle souhaite obtenir.  Nous sommes en train de le ficeler et nous soumettrons notre projet de biométrie pour validation au mois de septembre prochain car c’est très nouveau pour le département informatique et notre laboratoire. Ce n’est pas notre spécialité mais nous disposons d’un noyau fort de doctorants intégrés au niveau du laboratoire.
Possédez-vous des brevets ?
Au sein de notre laboratoire, nous avons lancé plusieurs projets de recherche qui ont reçu les validations scientifiques ainsi que les financements nécessaires ; des projets qui ont été faits, clôturés mais jusqu’à présent, le laboratoire informatique n’a déposé aucun brevet pour ses solutions.
A quoi cela est-il dû ?
A un problème de réglementation ; conduisant à un blocage administratif. Il faut revoir toute la nomenclature qui gère cette question.
C’est-à-dire?
Je vous donne un exemple simple. Nous avons des travaux de recherche qui sont publiés dans des journaux scientifiques  ou dans de conférences internationales de renommée mais nous ne parvenons pas à nous y rendre pour les présenter. Nous sommes obligés de nous excuser chaque fois faute d’y être. D’ailleurs, très récemment, un article a été reçu dans une conférence de renommée et de classe A qui doit se tenir en Pologne. Nous en avons reçu l’acceptation mais nous n’allons pas y aller. Ce n’est que pour l’exemple mais c’est un handicap majeur sachant que tous les frais y afférents sont payables en devises, ce que la réglementation ne permet pas. Si nous avons des doctorants et des chercheurs qui publient leurs travaux mais n’ont pas la possibilité les présenter chaque fois qu’ils le font ; ils finissent par abandonner. C’est un problème que nous devons  surmonter.
Avec quel type de systèmes menez-vous vos recherches ?
Sur ce volet, je ne parlerai pas de recherche car je suis aussi un opérateur régional d’un projet qui a été initié et financé par l’Union européenne et le ministère de l’enseignement supérieur qui consiste dans la mise en œuvre d’un système d’information intégré au niveau des établissements universitaires et de recherche algériens.
Ce projet de recherche date d’une année et vise à intégrer l’ensemble des systèmes d’information desdits établissements, pour ensuite monter au niveau ministériel afin d’avoir une consolidation pour pouvoir prendre une décision. Il s’agit en fait d’un système d’information décisionnel avec des data warehouse, des tableaux de bord au niveau du ministère. Pour en revenir à votre question, l’étape de l’étude préalable où nous essayons de recenser toutes les applications qui existent nous a permis de trouver de tout. Il y a du propriétaire, il y a de l’Open Source et il y a ce qui est développé en local. Et d’ici à la mi-mai ; nous allons décider pour quelle option ou quelle architecture nous allons opter. Il y a ceux qui préfèrent l’Open Source, pour les raisons que l’on sait, la disponibilité du code source qu’on peut faire évoluer et mettre à niveau, il y a qui préfèrent des « boîtes noires »
?
Et pour vous ?
Pour ma part, c’est soit de l’Open Source, soit c’est du développement local. Je suis contre tout ce qui est propriétaire. C’est mon état d’esprit et je le défends.
Je reconnais que le problème avec l’Open Source, c’est que ça demande un peu de temps car c’est une option à long terme. Avec des solutions propriétaires, c’est du court terme. On l’achète, on l’utilise. L’Open Source nécessite un peu de temps pour que l’on s’y adapte, connaître le système, maîtriser les outils, etc.
Mais à long terme, il finit par devenir un acquis.

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