E-gouvernement Les objectifs de l´Algérie commencent-ils à se concrétiser?

La stratégie algérienne en matière de e-gouvernement (gouvernement électronique) visant à accélérer notamment l’usage des technologies de l´information et de la communication (TIC) dans l’administration publique et dans les entreprises, à faciliter l’accès des citoyens aux équipements et aux réseaux des TIC et à renforcer l’infrastructure des télécommunications à haut et très haut débit, a-t-elle atteint ses objectifs ? La réponse provient du rapport des Nations Unies intitulé : «Préparer le gouvernement électronique pour soutenir la transformation vers des sociétés durables et résilientes», qui relève que l´Algérie, durant ces deux dernières années, a progressé de 20 places en matière de gouvernement électronique, passant ainsi de la 150ème position à la 130ème. Cette évolution a été constatée en matière de développement des infrastructures de télécommunications où l’Algérie est passée de la 135ème position au niveau mondial à la 102ème, soit une progression de 33 positions et celui des services en ligne où elle est passée de la 181ème position à la 171ème, soit une progression de 10 positions.
Les efforts de l’Algérie pour suivre le rythme des tendances mondiales relatif au développement technologique ont-elles donc commencé à porter leurs fruits ? Il faut rappeler que pour arriver à cette situation, plusieurs actions ont été menées par l´Algérie en matière de promotion des TIC parmi lesquelles figure la stratégie e-Algérie, lancée en 2009 pour une période de 5 ans soit jusqu´en 2013. Axée sur 13 points, cette stratégie visait notamment l´accélération de l’usage des TIC dans l’administration et les entreprises, le développement des mécanismes et des mesures incitatives permettant l’accès des citoyens aux équipements et aux réseaux des TIC, l´impulsion du développement de l’économie numérique, le renforcement de l’infrastructure des télécommunications à haut et très haut débit et le développement des compétences humaines.
La stratégie e-Algérie a ainsi permis au pays de préparer le terrain pour lancer plusieurs autres mesures et projets de grandes envergures. L´Algérie a, ainsi, fait de la modernisation de l´administration son cheval de bataille. Elle s’est attelée, juste une année après l´achèvement de la mise en œuvre de la stratégie e-Algérie, soit dès 2014, à mettre en œuvre son programme national de simplification des procédures administratives avec pour objectif de faciliter les procédures de retrait des documents administratifs au niveau des services de la commune, de daïra et de wilaya. Les documents administratifs peuvent également être demandés via les portails électroniques ouverts par le ministère de l’Intérieur, qui s´est engagé aussi à poursuivre le processus de numérisation des mairies à travers la mise en place de la e-commune et l´installation d’un guichet électronique unique assurant l’ensemble des prestations fournies par les collectivités locales. La délivrance des documents administratifs tels que le passeport, la carte d’identité, le permis de conduire et la carte grise entre autres, s’effectue désormais au niveau des communes et non plus au niveau des daïras. Cette nouvelle stratégie bénéficie aussi à la communauté algérienne établie à l´étranger puisque, désormais, ces derniers peuvent demander par exemple leurs passeports via le site internet du ministère de l’Intérieur où un espace leur est réservé. Il est à relever que la prochaine phase de modernisation de l´administration locale est la demande et le retrait, en ligne, de tout document.
Le secteur de la Justice s´est lui aussi engagé dans un processus de modernisation de ses services par une exploitation des nouvelles technologies avec pour objectif de simplifier les procédures pour permettre la dématérialisation des actes et procédures judiciaires. D´autres secteurs ont suivi cette démarche comme l´Education nationale, la Santé etc.

2017, une année référence
Ces efforts ont connu leur vitesse de croisière en 2017. En effet, le processus de modernisation de l’administration a été marquée l´année dernière par une accélération sans précédent dans divers secteurs à travers la mise en œuvre de plusieurs mesures ayant pour objectifs l’amélioration du service public par la poursuite des programmes d’allégement des procédures administratives, de décentralisation de l’établissement des documents biométriques et de la généralisation tout azimut des TIC.
D´autre part et dans le but de se mettre au diapason des pays développés en matière de promotion des TIC et du numérique, l´Algérie a adopté une série de lois en 2018, à l’instar de celle des télécommunications, qui a notamment mis fin au monopole d’Algérie Télécom sur la fourniture d’accès à Internet. Le projet de loi introduit l’obligation pour l’opérateur historique, dans des conditions objectives, transparentes et non discriminatoires, de donner suite aux demandes de dégroupage de sa boucle locale formulées par les opérateurs indépendants. L´autre grand projet qui était très attendu aussi bien par les entreprises que par les citoyens est le e-commerce dont la loi, fixant les règles générales du commerce électronique des biens et des services, est entrée en vigueur en juin 2018.
Parallèlement aux actions menées en matière de modernisation de l´administration, la stratégie
e-Algérie a ainsi permis au pays de baliser le terrain pour se lancer dans les technologies mobiles en l´occurrence le déploiement fin 2013 de l´internet haut débit mobile 3G, puis en 2016 du très haut débit mobile 4G, ce qui a permis, en l´espace de quelques années, une progression sans précédent de l´internet dans le pays. L’Algérie comptait plus de 34,5 millions d’abonnés à l’internet fixe et mobile en 2017 contre 28,5 millions en 2016, soit une augmentation de plus de 6 millions d’abonnés en une année.
Le méga-projet de déploiement d’un réseau de fibre optique, qui a atteint actuellement plus de 81.000 km, «devra toucher l´ensemble des wilayas du pays dans 2 ou 3 ans», selon la ministre du secteur. Il a été entamé également durant l´année en cours, le lancement du réseau FTTH (Fiber to the Home ou fibre optique jusqu’au domicile) qui permet un débit internet jusqu’à 100 Mégabit/s pour le résidentiel et 1 gigabit/s pour les entreprises.
L’Algérie a aussi lancé différents projets de déploiement de câbles de fibre optique sous-marin, dont le câble Amérique-Asie orientale au large d’Annaba visant à renforcer le câble sous-marin (ORVAL) reliant la ville d’Oran à Valence (Espagne). Il a été annoncé aussi, durant l’année en cours, la réalisation en Algérie d’un Data Center de dimension internationale pouvant intéresser les géants de l’internet et du multimédia dans le monde pour y héberger leurs données.

Des avancées oui, mais…
L´Algérie s´est engagée, donc, à s’approprier les nouvelles technologies en les introduisant dans le développement socio-économique du pays. «Nous sommes conscients, au niveau du gouvernement, quant à l’importance et la nécessité de s’approprier les nouvelles technologies et les introduire dans le développement économique et social du pays», avait déclaré la première responsable du secteur Imane-Houda Faraoun. Mais, cette démarche a connu beaucoup de retard dans sa réalisation, et n´a pas eu les effets escomptés pour la population. Il est à relever que la majorité de ces actions et lois (cités plus haut) ont été à maintes fois annoncées puis retardées ces dernières années. Cela a eu pour effet de mettre en relief le manque à gagner que l´Algérie a accumulé des années durant du fait des retards dans la mise en œuvre des capacités d’accès à l´ADSL et au haut débit et très haut débit qu’offrent la 3G et la 4G.

Le débit ADSL (haut débit internet fixe filaire) demeure, d´autre part, faible et cher, puisque la majorité des foyers ont un abonnement de 1 Mégatbit/s, ce qui ne permet nullement d´avoir une connexion aisée. Le prix aussi n´est pas très accessible, puisque 1 Mégabit est toujours proposé à plus de 1500 DA/mois, une somme qui reste «onéreuse» surtout que les offres d´AT ne proposent que de la data comparativement aux autres pays où, pour presque la même somme, l´offre compte des pack multiplay d´un débit avoisinant les 20 Mégabits/s avec de la TV, de la VOD et la téléphonie fixe gratuite.
En plus de cela, le réseau internet est jugé médiocre en Algérie. Selon le classement établi par le site spécialisé Speedtest pour le mois de mai 2018, l´Algérie occupait la 134e place sur 135 pays, en termes de connexion la plus lente au monde. L’Algérie vient juste avant le Venezuela avec une vitesse successive de 3.86 mégabits/s et 3.81 mégabits/s. Le Liban était classé 133ème avec une vitesse de 5.57 mégabits/seconde, soit 44% plus rapide que le débit de l’Algérie. La Libye s´est classée 126ème avec une vitesse de 7.46 mégabits/s, suivie de la Tunisie (7.82 mégabits/s) et le Maroc (98ème place avec une vitesse de 13.71 mégabits/s).

A Savoir

L´Algérie gagne 20 places en matière d’e-gouvernement selon l’ONU
L´Algérie a gagné 20 places en matière de gouvernement électronique (e-gouvernement) durant ces deux dernières années, passant ainsi de la 150ème position à la 130ème, selon un rapport des Nations Unies sur le thème «Préparer le gouvernement électronique pour soutenir la transformation vers des sociétés durables et résilientes». Cette évolution a été également constaté en matière de développement des infrastructures de télécommunications où l’Algérie est passée de la 135ème position au niveau mondial à la 102ème, soit une progression de 33 positions et celui des services en ligne où elle est passée de la 181ème position à la 171ème, soit une progression de 10 positions. Le troisième indice entrant dans l’établissement du classement, celui du capital humain, n’a toutefois pas connu de changement, l’Algérie conserve ainsi sa 118ème position. Le rapport d’enquête de l’ONU sur le gouvernement électronique examine la manière dont l’administration peut faciliter trois dimensions du développement durable (les infrastructures de télécommunications, les services en ligne et le capital humain), et est produit tous les deux ans par le Département des affaires économiques et affaires sociales. C’est le seul rapport mondial qui évalue le statut de développement des 193 Etats membres des Nations Unies.

 

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