L’univers s’étend à des vitesses différentes selon la direction où l’on regarde. Cette constatation, confirmée par les télescopes spatiaux James Webb et Hubble, ne relève pas d’une erreur de mesure. Elle pose une question fondamentale sur notre manière de comprendre le cosmos.
Une tension cosmologique déconcertante
Ce phénomène, connu sous le nom de tension de Hubble, pourrait révolutionner la cosmologie. En 2019, des mesures du télescope spatial Hubble ont confirmé cette anomalie. En 2023, le télescope James Webb a renforcé ces observations avec des données encore plus précises. Ensemble, les deux instruments ont exclu toute erreur de mesure, comme le précise une étude publiée dans Astrophysical Journal Letters.
Le professeur Adam Riess, l’un des auteurs principaux de l’étude et lauréat du prix Nobel de physique en 2011, déclare : « Avec les erreurs de mesure écartées, il reste la possibilité passionnante que nous ayons mal interprété l’univers. »
Deux méthodes, une divergence
Les scientifiques utilisent deux approches principales pour mesurer la constante de Hubble, qui décrit le taux d’expansion de l’univers. La première analyse les fluctuations du fond diffus cosmologique (CMB), vestige de la lumière émise peu après le Big Bang. Entre 2009 et 2013, le satellite Planck de l’Agence spatiale européenne a estimé cette constante à environ 67 km/s/Mpc.
La deuxième approche s’appuie sur les étoiles variables Céphéides, dont la luminosité fluctuante permet de mesurer les distances intergalactiques. Cette méthode donne une constante d’environ 74 km/s/Mpc, une valeur significativement plus élevée que celle déduite du CMB.

Des confirmations répétées
En 2023, les chercheurs ont exploité la précision de James Webb pour observer plus de 1 000 étoiles Céphéides dans des galaxies situées à 130 millions d’années-lumière. Ces observations corroborent les mesures précédentes et excluent toute erreur d’interprétation due à des confusions avec d’autres étoiles.
Adam Riess explique : « La combinaison des données de Hubble et de Webb offre le meilleur des deux mondes. Nous avons confirmé que les mesures de Hubble restent fiables, même lorsque nous gravissons les échelons de l’échelle cosmique. »
Un bouleversement à venir en cosmologie ?
La tension de Hubble pourrait indiquer l’existence d’une physique encore inconnue. Certaines hypothèses incluent des variations de l’énergie noire, une force mystérieuse responsable de l’accélération de l’expansion de l’univers, ou l’influence de particules exotiques encore non détectées.
Pour les astronomes, cette anomalie représente un défi stimulant. Comme l’affirme David Gross, autre lauréat du prix Nobel : « Ce n’est pas seulement une tension, c’est une crise. »
Alors que les télescopes continuent de scruter l’univers, chaque nouvelle donnée pourrait apporter des réponses à ces questions fascinantes, ou en soulever d’autres encore plus profondes. Une chose est certaine : notre compréhension de l’univers est en pleine mutation.

