Quand on pense au frein à la commercialisation d’un véhicule, on imagine des problèmes de batterie, d’émissions ou d’autonomie. Mais pour le Volkswagen ID. Buzz, c’est tout autre chose : ce sont ses sièges jugés trop larges qui bloquent son arrivée sur le marché américain. Une affaire presque ubuesque qui révèle les méandres de l’homologation automobile internationale.
Trop de place… et pas assez de ceintures
L’ID. Buzz, version électrique modernisée du légendaire Combi Volkswagen, était attendu de pied ferme aux États-Unis. Mais la version à empattement long, conçue pour accueillir jusqu’à sept passagers, se heurte à un obstacle réglementaire étonnant : sa troisième rangée de sièges offre trop d’espace pour seulement deux ceintures de sécurité. En clair, la banquette est suffisamment large pour trois passagers, mais seuls deux peuvent être attachés. Un détail qui a fait bondir la NHTSA, l’agence américaine chargée de la sécurité routière.
Résultat : le véhicule enfreint la norme FMVSS 208, qui exige une parfaite correspondance entre le nombre de places assises et le nombre de ceintures disponibles. Le risque, selon la NHTSA, serait qu’un passager s’installe au centre sans aucune protection, en cas d’accident. Et aux États-Unis, même un tel cas de figure théorique peut déclencher un stop-sale immédiat.

Une solution minimaliste, mais réglementaire
Pour corriger le tir, Volkswagen n’a pas eu besoin de revoir toute la conception de l’habitacle. La solution retenue est aussi simple qu’étonnante : ajouter une pièce en plastique aux extrémités de la banquette pour limiter l’espace et empêcher physiquement un troisième passager de s’y installer. Une sorte de cale rigide, sans rembourrage, qui permettra à la voiture de respecter la norme sans changer sa structure.
Cette mesure concerne précisément 5 637 unités du van produites entre septembre 2024 et février 2025 dans l’usine de Hanovre, en Allemagne, pour le marché nord-américain. En attendant la modification, tous les exemplaires concernés sont immobilisés, suspendus à un feu rouge réglementaire.
L’Europe, hors de cause
Côté européen, pas de panique. Les normes en vigueur ne considèrent pas cette largeur de siège comme problématique. En fait, sur le Vieux Continent, la troisième rangée de l’ID. Buzz est souvent proposée en option, et non de série comme aux États-Unis. Cela reflète aussi des habitudes d’usage différentes : en Europe, le van est perçu comme un utilitaire chic ou une voiture de loisirs, tandis qu’aux États-Unis, il vise clairement les familles nombreuses à la recherche d’une alternative aux SUV.
Ce genre de divergence réglementaire n’est pas rare, mais il souligne les complexités de l’homologation internationale. Un même modèle peut parfaitement répondre aux exigences d’un pays et être recalé dans un autre, pour une raison qui semble anodine — ici, une banquette un peu trop spacieuse.

Un casse-tête bien réel pour les constructeurs
Ce rappel peut faire sourire, et il y a de quoi. Mais derrière l’anecdote, il y a un vrai sujet : les efforts que doivent déployer les constructeurs pour adapter leurs véhicules aux exigences locales. Et dans certains cas, ces exigences frôlent l’absurde. C’est le prix à payer pour la sécurité maximale… ou peut-être aussi pour une bureaucratie un brin zélée.
Difficile de ne pas penser à toutes ces autres bizarreries techniques qui ont jalonné l’histoire de l’automobile. Comme cette voiture française recalée au Canada pour un problème de feux de position, ou ce modèle japonais interdit à la vente en Allemagne à cause d’un pare-chocs trop souple.

