Depuis son apparition dans nos foyers, le compteur Linky suscite autant d’enthousiasme que de méfiance. À l’heure où presque tous les ménages français sont équipés, une frange irréductible continue de refuser cette petite boîte verte fluo. Mais ce choix, souvent motivé par la prudence ou la défiance, pourrait coûter cher à ceux qui le maintiennent en 2025. Voici pourquoi.
Deux millions de foyers résistent encore au compteur communicant
Il suffit de discuter avec un voisin ou un membre de sa famille pour tomber sur une opinion tranchée : “Moi, le Linky, jamais !” Malgré les campagnes d’information, près de deux millions de foyers français ont encore dit non à son installation. Les raisons sont diverses, mais tournent souvent autour de trois grandes craintes :
La surveillance constante de leur consommation d’électricité ;
Une perte de contrôle sur les données personnelles et la manière de gérer leur énergie ;
Et les ondes électromagnétiques, accusées – à tort ou à raison – d’effets potentiels sur la santé.
J’ai rencontré Hélène, 64 ans, en Loire-Atlantique, qui a refusé le Linky depuis le début. « Je n’ai pas envie qu’on sache à quelle heure je fais mon café. Et puis ces histoires d’ondes… tant qu’on ne sait pas tout, je préfère m’abstenir. » Une position compréhensible, mais qui a désormais un prix.
Des frais supplémentaires en hausse dès 2025
Le refus du compteur connecté n’est pas sans conséquences. Depuis quelques mois, Enedis facture les foyers qui conservent un compteur traditionnel. Pourquoi ? Parce que l’entreprise doit encore envoyer des techniciens sur place pour relever manuellement les index de consommation. Cette gestion “à l’ancienne” engendre un coût que l’entreprise répercute désormais sur les usagers concernés.
Le tarif est clair : 6,93 € tous les deux mois, soit 41,58 € par an pour les relevés effectués par Enedis. Mais ce n’est pas tout. Si vous ne transmettez pas vous-même vos index dans les temps, une pénalité de 4,18 € par mois s’applique, faisant grimper la note annuelle à 66 € environ. Un surcoût discret, mais bien réel, pour un refus qui devient de moins en moins neutre.
Pourquoi Enedis applique-t-elle ces frais ?
Du côté d’Enedis, la justification est simple : la gestion manuelle coûte cher. Dans un monde où plus de 95 % des foyers ont adopté Linky – soit environ 37 millions d’installations –, mobiliser du personnel pour relever les anciens compteurs devient une opération marginale mais coûteuse.
Le modèle économique repose désormais sur l’automatisation. Et comme le résume un porte-parole de l’entreprise, « ceux qui choisissent de rester en dehors du système en supportent logiquement le coût supplémentaire. » Un principe déjà appliqué dans d’autres domaines, comme les banques avec les relevés papier, ou les administrations avec les démarches non numériques.
Linky, entre économies d’énergie et libertés individuelles
Le Linky ne se résume pas à une question de relevés. Certains usagers y voient un outil de transition énergétique, permettant de suivre leur consommation en temps réel, de mieux gérer leurs pics d’usage, et parfois même de réduire leurs factures. D’autres, en revanche, y voient un cheval de Troie, porteur de risques pour la vie privée et d’une dépendance accrue aux grandes infrastructures numériques.
Le débat divise les familles autant que les experts. Le CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) veille à ce que les données collectées soient utilisées dans le respect du RGPD, et rappelle que l’usager reste maître de ses données, même avec Linky. Mais la méfiance reste palpable dans une société où la transparence numérique est encore synonyme de flou pour beaucoup.
En définitive, garder son ancien compteur électrique n’est plus une simple affaire de principe : c’est un choix qui se paie, au sens propre. Si vous êtes concerné, mieux vaut en être pleinement informé. En 2025, la cohabitation entre innovation et liberté de choix se joue aussi dans le tableau électrique. Alors que faire ? S’équiper et suivre la tendance ? Ou assumer les frais et maintenir sa position ? À chacun de trancher.

