Des millions de Français ont vu débarquer le célèbre compteur vert fluo dans leur salon ou sur leur palier. Mais une petite minorité y résiste encore, parfois par principe, parfois par crainte des ondes. À partir du 1er août 2025, ce choix de résistance ne sera plus sans conséquence : des frais seront appliqués aux réfractaires. Et ils pourraient vite peser sur la facture annuelle. Enedis passe à la vitesse supérieure.
Un refus qui pèse sur la facture
C’est une réalité à venir : les foyers qui refusent encore l’installation du compteur Linky devront mettre la main au portefeuille. À compter d’août 2025, ceux qui n’auront toujours pas remplacé leur ancien compteur se verront facturer 6,48 € tous les deux mois. Et ce n’est pas tout : s’ils ne transmettent pas leur relevé d’index ou refusent un rendez-vous de relève, 4,14 € supplémentaires seront ajoutés à chaque période. En clair, un choix de non-équipement pourrait coûter jusqu’à 64 € par an.
Pour certains, comme Alain, retraité en Charente, « c’est une forme de sanction déguisée ». Depuis des années, il tient à jour ses relevés manuellement, mais il craint désormais que « ce geste citoyen ne suffise plus ».
Pourquoi ces frais ? Le coût du maintien manuel
Selon la Commission de régulation de l’énergie, ces frais supplémentaires ne sont pas destinés à punir, mais à compenser le surcoût du maintien d’un service manuel à côté du réseau automatisé. Il faut encore mobiliser des techniciens pour lire les compteurs, maintenir le système de signalisation spécifique aux anciens boîtiers, et gérer les demandes particulières.
On parle ici d’une minorité : environ 2 millions de foyers seraient encore équipés d’un ancien compteur. Pour Enedis, maintenir une double infrastructure devient difficilement justifiable, tant sur le plan économique qu’écologique.
Cas d’exemption : le flou des impossibilités techniques
Il existe tout de même des exceptions. Si des raisons techniques empêchent la pose du compteur, les frais ne s’appliqueront pas. Mais encore faut-il que cette impossibilité soit reconnue et documentée.
Bernadette, qui vit dans l’Essonne, connaît bien le sujet. Après avoir hésité pendant des années, notamment à cause d’un incendie survenu chez une voisine après une installation ratée, elle a fini par accepter l’intervention. Surprise : le technicien n’a pas pu poser le compteur, pour des raisons techniques liées à l’installation électrique de l’immeuble. Elle a demandé une attestation à Enedis… qu’elle attend toujours, trois mois plus tard. « Ils me rappellent sans cesse pour l’installation, mais quand il faut prouver qu’elle est impossible, c’est silence radio », dit-elle avec un sourire un peu amer.
Et les électrosensibles dans tout ça ?
Le cas des personnes électrohypersensibles reste un angle mort du dispositif. Depuis des années, des associations plaident pour qu’elles soient exemptées des installations ou au moins des surcoûts. Mais pour l’instant, seule une impossibilité technique permet d’éviter les frais. Enedis affirme maintenir un « dialogue ouvert » avec ces usagers, sans proposer pour l’instant de cadre juridique clair.
Pourtant, plusieurs institutions comme l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) ont évalué les émissions du compteur Linky, les jugeant faibles et comparables à d’autres appareils du quotidien, comme un téléviseur ou une box internet. Mais pour ceux qui souffrent de maux chroniques liés à l’exposition aux ondes, ces données ne suffisent pas à rassurer.
Une transition numérique qui divise
Il faut dire que le compteur Linky cristallise depuis sa création une méfiance tenace : peur du flicage, des pannes, des ondes… ou parfois simplement attachement à un système connu. Mais le temps de la cohabitation touche à sa fin.
Avec 95 % des foyers déjà équipés, Enedis joue désormais la carte de la fermeté. À l’image de nombreuses transitions technologiques, celle-ci ne se fait pas sans heurts. Reste à voir si l’approche punitive sera vraiment efficace… ou si elle alimentera encore davantage la défiance d’une partie des Français.

