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    L’électrique n’a pas encore conquis toute la Chine : pourquoi certaines régions résistent

    Lors de mon dernier voyage en Chine, entre les gratte-ciels lumineux de Shanghai et les rizières paisibles de Shengzhou, j’ai découvert un contraste saisissant : la révolution électrique y est bien engagée… mais seulement en ville. En quittant les métropoles, on retrouve un autre visage du pays, où les moteurs thermiques dominent encore. Ce décalage illustre à quel point la transition énergétique peut être géographiquement inégale, même dans une nation à la pointe de l’innovation.

    Ville électrique, campagne thermique

    J’ai été frappée dès mes premières heures à Shanghai : les rues sont étonnamment silencieuses, presque feutrées. Ce n’est pas un hasard : la majorité des véhicules y sont électriques, dotés de ces fameuses plaques d’immatriculation vertes. Mais quelques jours plus tard, à seulement deux heures de train au sud, le décor change radicalement.

    À Shengzhou, petite ville industrielle de la province du Zhejiang, les véhicules thermiques à plaque bleue reprennent leurs droits. Ici, on croise encore des pick-ups diesel et des scooters à essence, dans un environnement rural où la voiture n’est pas reine. C’est un peu comme passer de Paris à une commune reculée de la Creuse : les besoins, les moyens et les priorités ne sont plus les mêmes.

    ville thermique

    En route vers Shengzhou : une immersion hors des sentiers battus

    Mon déplacement, organisé par un constructeur chinois bien implanté dans l’électrique, nous a menés avec 170 invités venus du monde entier (surtout d’Amérique latine) jusqu’à Shengzhou. Le trajet s’est fait en train à grande vitesse — un modèle d’efficacité qui ferait rêver bien des Européens.

    La gare, gigantesque, ressemblait davantage à un aéroport qu’à une gare classique. À elle seule, elle symbolise cette Chine moderne qui construit tout en XXL. Mais en sortant du train, c’est un autre monde qui s’ouvre. Les infrastructures sont imposantes, certes, mais les modes de vie restent ancrés dans des habitudes très différentes de celles des grandes villes.

    Un investissement colossal pour électrifier la région

    Si notre destination avait été choisie, ce n’est pas pour ses paysages de carte postale. À Shengzhou, l’industriel en question est en train de bâtir un complexe dédié aux batteries et au stockage d’énergie, pour un montant de plus de 3 milliards d’euros. À terme, plus de 10 000 emplois sont attendus dans cette ville de 400 000 habitants — l’équivalent d’un électrochoc économique local.

    L’accueil a été à la hauteur de l’investissement : convois escortés, routes dégagées, habitants curieux. Je n’oublierai jamais ces regards surpris, presque émerveillés, de certains riverains qui nous observaient comme si c’était la première fois qu’ils voyaient autant d’étrangers. Et peut-être était-ce le cas.

    L’électrique n’a pas encore conquis toute la Chine

    La voiture électrique loin d’être omniprésente

    Lors de nos visites dans les villages environnants, entre les champs de thé et les routes montagneuses, j’ai vite compris que l’électrique restait minoritaire. Une Tesla Model Y garée en haut d’un col, une Xiaomi SU7 croisée par hasard… mais surtout, beaucoup de vieilles berlines thermiques. Et surtout, très peu de véhicules tout court.

    C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience que, malgré les incitations gouvernementales, la transition électrique en Chine suit deux vitesses. Dans les métropoles, les avantages fiscaux, les restrictions sur les véhicules polluants et les infrastructures de recharge font pencher la balance. En revanche, dans les campagnes, où les salaires sont plus bas et les distances plus longues, le frein est économique et pratique.

    Une fracture énergétique qui rappelle d’autres pays

    Cette réalité n’est pas propre à la Chine. On observe un phénomène similaire en France, aux États-Unis ou en Inde. Passer à l’électrique implique des moyens financiers, un accès à une borne de recharge et une certaine confiance dans la technologie. Dans les zones rurales, où l’achat d’un véhicule reste un investissement stratégique, on ne saute pas le pas aussi facilement.

    L’électrique n’a pas encore conquis toute la Chine

    Et malgré les ambitions affichées par Pékin — la Chine souhaite que 40 % des véhicules vendus en 2030 soient électriques ou hybrides —, les territoires ruraux résistent encore. Même le président Xi Jinping, fervent défenseur de la mobilité propre, n’a pas encore trouvé la formule magique pour convaincre l’ensemble du pays.


    En conclusion, ce voyage m’a rappelé que la transition énergétique, aussi urgente soit-elle, ne peut être uniforme. Elle doit s’adapter aux territoires, aux rythmes de vie et aux réalités économiques. La Chine avance vite, très vite même, mais elle avance à deux vitesses : celle des villes électrifiées et des campagnes où le moteur thermique a encore de beaux jours devant lui.

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    Marc Dubois
    Marc Dubois
    Avec un parcours solide en ingénierie informatique, Marc Dubois est un rédacteur technique expert. Il excelle dans la vulgarisation de concepts complexes et dans l’analyse des tendances technologiques, rendant les sujets IT compréhensibles et intéressants pour les lecteurs de tous niveaux.

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