À l’heure où les tablettes et ordinateurs se multiplient sur les bancs d’école, la Suède fait volte-face. Ce pays, longtemps perçu comme un modèle d’intégration du numérique dans l’enseignement, tire aujourd’hui la sonnette d’alarme : selon son gouvernement, les écrans nuiraient directement au niveau scolaire.
Le numérique en classe : un pari aux résultats contrastés
Depuis plusieurs années, l’éducation numérique s’est imposée dans les écoles, notamment avec l’objectif de moderniser les méthodes d’apprentissage. De la tablette interactive aux vidéos pédagogiques, en passant par les quizz numériques et autres plateformes éducatives, les écrans offrent une pédagogie plus dynamique, voire ludique.
Ils permettent aussi une communication plus fluide entre enseignants, élèves et parents. Fini le cahier de liaison, bonjour les applis comme Pronote, où les notes, absences et devoirs sont disponibles en un clic.
Mais tout n’est pas si rose. Les enseignants pointent régulièrement des problèmes : perte de concentration, fatigue oculaire, et surtout une lecture moins efficace. Une étude internationale a d’ailleurs montré que la lecture sur écran rétroéclairé sollicite davantage le cerveau, altérant la mémoire et ralentissant la compréhension, surtout chez les plus jeunes.
En Suède, retour en arrière sur le tout-numérique
La Suède, pionnière en matière d’école numérique, est aujourd’hui l’un des premiers pays à faire machine arrière. Depuis une quinzaine d’années, les manuels scolaires ont peu à peu été relégués au second plan, au profit des ordinateurs portables et des recherches en ligne. Les élèves rédigent, révisent et s’informent désormais quasi exclusivement via des écrans.
Mais ce modèle montre ses limites. De nombreux parents suédois s’inquiètent de voir leurs enfants passer plus de temps à jouer ou regarder des vidéos qu’à étudier. Le constat est partagé par le gouvernement : une baisse du niveau général est désormais observée, notamment sur le plan du raisonnement critique.
Lotta Edholm, ministre suédoise de l’Éducation, appelle à un retour aux fondamentaux. Elle souligne que les enfants sont exposés trop tôt au numérique, parfois dès la maternelle. Dans certaines classes, l’apprentissage de la lecture se fait uniquement via des tablettes, ce que la ministre juge désormais préoccupant.

Un plan national pour réintroduire les manuels scolaires
Face à ce constat, le gouvernement suédois a décidé d’agir. Il a débloqué 60 millions d’euros en 2023, puis 44 millions d’euros en 2024 et 2025 pour rééquiper les établissements en manuels papier. L’objectif est clair : un livre par matière et par élève, dès le plus jeune âge.
Même si la Suède conserve un bon rang en matière de compréhension de l’écrit au niveau européen, les autorités ne veulent pas attendre que la situation se dégrade davantage. Et leur message est sans ambiguïté : les écrans doivent redevenir un outil d’appoint, non le cœur de l’enseignement.
Cette prise de position suédoise résonne avec les débats en cours en France, où les jeunes enfants sont de plus en plus connectés. Selon l’Arcom, plus de la moitié des écoliers français possèdent déjà un téléphone portable. Un chiffre qui questionne l’équilibre entre innovation technologique et efficacité pédagogique. Peut-être est-il temps, comme le suggère Stockholm, de réapprendre à tourner les pages, tout simplement.

