À première vue, il semble évident qu’une seule éolienne produit bien moins qu’un réacteur nucléaire. Mais la véritable question à se poser est : combien d’éoliennes faudrait-il installer pour égaler la production d’un réacteur nucléaire ? Cette question mérite toute notre attention, d’autant plus que les réponses sont souvent divergentes, avec des estimations oscillant entre quelques centaines et plusieurs milliers. Voyons donc comment évaluer cette question sous un angle plus objectif.
La puissance, un premier élément de comparaison
Le calcul peut sembler simple à première vue. En France, un réacteur nucléaire de taille moyenne génère environ 900 MW (mégawatts) de puissance, bien que certains réacteurs atteignent 1 300 MW, voire 1 450 MW. De leur côté, les éoliennes terrestres affichent une puissance bien plus modeste, généralement entre 1 et 3 MW. Pour égaler la puissance d’un réacteur nucléaire de 900 MW, il faudrait donc installer au minimum 300 éoliennes terrestres.
Cela dit, si l’on considère les éoliennes en mer, qui peuvent atteindre une puissance de 6 MW, voire 18 MW pour les projets futurs, il en faudrait beaucoup moins : environ 150 à 170 éoliennes offshore pour atteindre la même puissance. Cependant, ces chiffres ne prennent pas en compte l’essentiel : les éoliennes ne produisent pas en continu à leur puissance maximale.
La production d’électricité : entre théorie et réalité
Les éoliennes, en dépit de leur efficacité, sont soumises aux aléas de la météo. Elles ne produisent de l’électricité qu’en fonction de la vitesse et de la direction du vent, et ce, dans une fourchette bien précise (entre 30 et 90 km/h). En l’absence de vent ou lorsque celui-ci est trop faible, les éoliennes ne produisent presque rien. À l’inverse, si le vent devient trop fort, il est nécessaire de limiter la vitesse des pales pour éviter toute dégradation.
En moyenne, une éolienne terrestre fonctionne à pleine puissance pendant environ 2 000 heures par an en Europe, sur un total de 8 760 heures. Comparativement, les réacteurs nucléaires, bien qu’ils soient également arrêtés périodiquement pour maintenance, affichent une disponibilité plus constante. Cependant, le facteur de charge, qui mesure le rapport entre l’électricité produite et l’électricité qui aurait pu être produite à pleine puissance, reste un indicateur clé.
Le facteur de charge : clé de l’efficacité énergétique
En 2022, le facteur de charge pour l’éolien en France était de 21,6 %, un chiffre relativement bas, attribué à des conditions météorologiques peu favorables. Pour atteindre la production d’un réacteur nucléaire de 900 MW avec des éoliennes terrestres, il aurait fallu installer une capacité de 2 170 MW, soit environ 720 éoliennes de 3 MW chacune. En revanche, le facteur de charge du nucléaire, bien qu’affecté par des périodes de maintenance, est resté plus élevé, à 51,7 % en 2022.
Dominique Vignon, président du pôle énergie de l’Académie des technologies, souligne que le facteur de charge de l’éolien terrestre est relativement stable depuis une dizaine d’années, autour de 23 %. En revanche, pour le nucléaire, il peut atteindre des pics de 80 % durant des périodes spécifiques. Ce facteur de charge est particulièrement important car il détermine non seulement la fiabilité de chaque source d’énergie, mais aussi sa capacité à répondre à la demande électrique en continu.
L’impact du changement climatique sur la production
Le changement climatique pourrait-il affecter ces facteurs de charge à l’avenir ? Pour l’éolien, les experts prévoient une légère baisse de l’efficacité, avec un facteur de charge qui pourrait baisser d’un point d’ici 2050. Cela serait dû à une baisse de la force des vents et à l’augmentation des périodes de tempêtes. En revanche, pour le nucléaire, les centrales situées près des côtes devraient être moins affectées, alors que celles proches des rivières pourraient devoir réduire leur production en période de chaleur pour éviter de perturber les écosystèmes.
Cela dit, l’effet global du changement climatique reste marginal, et tant l’éolien que le nucléaire devraient maintenir des capacités de production suffisantes pour faire face aux besoins énergétiques futurs.
L’éolien en mer : une solution prometteuse
L’éolien en mer pourrait bien modifier la donne. Le facteur de charge des éoliennes offshore est bien supérieur à celui des éoliennes terrestres, avoisinant les 40 %. En installant des éoliennes marines, la France pourrait ainsi produire autant d’électricité qu’un réacteur nucléaire avec une capacité installée de seulement 1 170 MW, soit environ 195 éoliennes offshore de 6 MW chacune. L’éolien en mer représente donc une alternative intéressante, notamment pour les régions côtières, avec un rendement énergétique bien plus stable.
Un défi de long terme : la durée de vie et les coûts
Les éoliennes ont une durée de vie beaucoup plus courte que les réacteurs nucléaires. Tandis qu’une éolienne terrestre a une espérance de vie de 15 à 25 ans, et une éolienne en mer de 20 à 30 ans, un réacteur nucléaire peut durer 50 ans ou plus. Cette différence de durée de vie implique qu’il faudra doubler ou tripler le nombre d’éoliennes pour remplacer un réacteur nucléaire à long terme. De plus, l’éolien impose des coûts d’infrastructure et de stockage pour pallier son intermittence. Un système de stockage, comme des batteries, est nécessaire pour compenser les périodes sans vent et garantir une production continue.
En conclusion, bien que le nombre d’éoliennes nécessaires pour remplacer un réacteur nucléaire varie selon les conditions et la technologie utilisée, il est clair que l’éolien, en particulier l’éolien en mer, constitue une option de plus en plus viable pour compléter la production d’énergie. Toutefois, les coûts associés, la durée de vie des équipements et les besoins en stockage doivent être pris en compte pour offrir une solution énergétique durable et fiable à long terme.

