Alors que la course à l’hypersonique bat son plein entre grandes puissances, les États-Unis semblent sortir de leur réserve avec un programme aussi ambitieux que discret : Project Mayhem. Derrière ce nom presque hollywoodien se cache une technologie qui pourrait redéfinir les équilibres stratégiques.
L’Amérique veut rattraper son retard
Depuis quelques années, les États-Unis ont vu la Chine et la Russie prendre une longueur d’avance en matière de missiles hypersoniques. Pékin impressionne avec ses démonstrations technologiques, Moscou vante sans relâche les performances de son Zircon, et pendant ce temps, Washington enchaînait les essais mitigés.
Mais les choses évoluent. Avec un contrat de 334 millions de dollars confié à l’entreprise Leidos, les États-Unis s’engagent désormais dans le développement d’un aéronef hypersonique bien plus polyvalent qu’un simple missile. Son nom : Project Mayhem. Et contrairement à son appellation tapageuse, ce programme avance dans la plus grande discrétion, sous l’égide de l’Air Force Research Laboratory (AFRL).
Objectif ? Concevoir un appareil capable de voler à Mach 5 ou plus, et apte à remplir des missions variées : surveillance, renseignement, ou encore frappes ciblées.
Un avion, pas juste un missile
Ce que le Pentagone ambitionne ici, ce n’est pas une simple munition volante, mais une plateforme aérienne réutilisable, aux usages multiples. Pour cela, plusieurs technologies sont explorées, dont le fameux scramjet (statoréacteur à combustion supersonique), qui puise l’oxygène dans l’atmosphère plutôt que dans des réservoirs.
Mais ce n’est pas la seule piste : d’autres moteurs dits TBCC (turbine-based combined cycle) ou ramjets à double mode sont également envisagés. Ces systèmes permettraient à l’appareil d’opérer à basse vitesse, voire de décoller et atterrir depuis une piste classique, à la manière de son ancêtre mythique, le SR-71 Blackbird.

Des frappes précises et dévastatrices
La puissance de Project Mayhem ne se limite pas à sa vitesse. L’appareil serait conçu pour transporter une charge utile cinq fois plus lourde que ce qui se fait aujourd’hui dans l’arsenal américain, avec une portée doublée. Un avantage stratégique considérable.
Il pourrait embarquer deux types de charges : d’un côté, des frappes massives unitaires, possiblement des bombes classiques ou à fort pouvoir de pénétration (du type bunker buster) ; de l’autre, des charges à effet étendu, comme des sous-munitions ou même des essaims de drones autonomes capables de se disperser en zone ennemie avant de revenir à la base.
Une réponse aux ambitions rivales ?
Project Mayhem n’est pas le seul projet hypersonique américain. Depuis 2013, Lockheed Martin, à travers sa division Skunk Works, travaille sur un hypothétique SR-72, successeur désigné du Blackbird. Ce projet, toujours très flou, a récemment refait parler de lui avec une apparition stylisée dans le film Top Gun: Maverick sous le nom de Darkstar.
Mais là où le SR-72 reste dans le domaine du fantasme, Mayhem semble se concrétiser. Les premiers essais sont annoncés pour 2028, avec la promesse d’un bond technologique décisif dans le domaine de la guerre hypersonique.
Dans un monde où la supériorité aérienne repose de plus en plus sur la vitesse, la furtivité et la polyvalence, Project Mayhem pourrait bien devenir l’élément clef de la prochaine génération d’armements. Une machine taillée pour un conflit futur, où celui qui frappe le plus vite… garde l’avantage.

