Avec plus de 2 000 entreprises mobilisées, l’industrie de défense française est l’une des plus complètes au monde. Si Paris est un grand exportateur, c’est aussi sur son propre sol que s’élabore une large part de l’arsenal militaire de l’armée française. Derrière les blindés, les Rafale et les sous-marins, une cartographie bien réelle de sites industriels stratégiques se dessine. Tour d’horizon.
Une industrie nationale en ordre de bataille
La France figure parmi les trois premiers exportateurs d’armes au monde, aux côtés des États-Unis et de la Russie. Elle peut compter sur une base industrielle et technologique de défense (BITD) robuste, pilotée en grande partie par la Direction générale de l’armement (DGA).
Ce réseau rassemble entre 2 000 et 4 000 entreprises, selon leur niveau de spécialisation, générant plus de 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires et plus de 210 000 emplois. Une filière en pleine accélération depuis l’appel du président Emmanuel Macron à entrer dans une “économie de guerre”.
Saint-Nazaire, capitale navale

Les Chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire, livrent depuis les années 1980 des patrouilleurs, frégates, et porte-hélicoptères pour la Marine nationale. Ils participeront également à la construction du futur porte-avions français, en collaboration avec Naval Group et Technicatome.
Cherbourg : berceau discret des sous-marins nucléaires
C’est à Cherbourg, dans la Manche, que Naval Group assemble les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE). Ce site historique, actif depuis 1899, est aujourd’hui au cœur du programme de remplacement des SNLE Le Triomphant. Un chantier de haute précision impliquant 3 000 emplois directs et plus de 400 entreprises sous-traitantes.

Mérignac : les ailes du Rafale
Le Rafale, fleuron de l’aéronautique française, est assemblé par Dassault Aviation à Mérignac, en Gironde. Ce programme mobilise plus de 7 000 emplois directs et indirects dans plus de 400 entreprises françaises. Parmi les autres sites impliqués : Argenteuil, Brest, Poitiers ou encore Cholet.

Roanne : bastion des blindés
Historiquement dédié au char Leclerc, le site Nexter-KNDS de Roanne, dans la Loire, produit aujourd’hui les nouveaux blindés Griffon et Jaguar. Il assure aussi la modernisation des Leclerc dans le cadre du programme Scorpion. En forte croissance, l’usine emploie 1 700 salariés, dont près de 20 % de femmes.

Bourges et Limoges : l’artillerie en pointe
Les canons Caesar, utilisés notamment en Ukraine, sont partiellement produits à Limoges (châssis par Arquus) et finalisés à Roanne. De son côté, MBDA, fabricant des missiles Aster, dispose de lignes de production à Bourges, au cœur du Centre-Val de Loire.

Tarbes et Bergerac : au cœur de la munition
À Tarbes, les Forges fabriquent des obus de 155 mm, en forte demande depuis le début de la guerre en Ukraine. À Bergerac, l’entreprise Eurenco relance la production de poudres pour munitions, héritage direct de la SNPE. Un investissement de 60 millions d’euros y est en cours.
Saint-Étienne : la fin d’un cycle ?
C’est ici qu’était produit le célèbre fusil d’assaut FAMAS, aujourd’hui remplacé par le HK416 F allemand. L’entreprise Vernay-Caron, qui a notamment fourni 10 000 fusils VCD-15 à l’Ukraine, peine à survivre. Faute de soutien financier, elle pourrait prochainement être liquidée, mettant fin à un pan de l’histoire de l’armement stéphanois.
Une industrie encore partiellement externalisée
Malgré cet effort industriel national, tout n’est pas fabriqué en France. La France importe :
Des fusils d’assaut (Allemagne)
Des jumelles de vision nocturne (Suisse)
Des missiles et casques de combat (États-Unis)
Des fusils à pompe (Italie)
Un réseau international qui complète l’offre nationale, mais souligne aussi la dépendance partielle à des partenaires étrangers, y compris pour des équipements stratégiques.

Derrière chaque char, avion, canon ou missile, il y a une ville française, des salariés hautement qualifiés, et un réseau industriel qui, aujourd’hui plus que jamais, se mobilise pour répondre à la demande nationale et internationale. Si l’Hexagone veut tenir la cadence de l’économie de guerre, il lui faudra non seulement moderniser son outil industriel, mais aussi préserver ses savoir-faire fragiles, souvent concentrés dans des territoires-clés.

